Les banques françaises s'engagent

Finance durable : une année historique pour les banques françaises

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En un an, les six plus grandes banques françaises (BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Société Générale, La Banque Postale) sont devenues les premières au monde à s’engager collectivement à ne plus financer les énergies fossiles. Mais pas toutes dans les mêmes proportions.

Saluée par Oxfam France dans un article pointant du doigt la responsabilité des banques françaises dans l’aggravation des changements climatiques, l’annonce du Crédit Mutuel en octobre 2020 de sa volonté de réduire son empreinte carbone a marqué le début d’une séquence historique de 12 mois. Durant cette période, on retiendra que les grandes banques françaises ont été les premières au monde à s’engager collectivement pour le climat, malgré quelques disparités.

Crédit Mutuel, le précurseur

En octobre 2020, Nicolas Théry, le patron du Crédit mutuel Alliance Fédérale, plus importante fédération du groupe, inaugure une séquence inédite pour le secteur bancaire français (et mondial), celle de sa prise de conscience écologique : « Cette année, nous sommes totalement sortis du charbon (…) du secteur du pétrole non-conventionnel, donc des sables bitumineux, du gaz et du pétrole de schiste (…). Nous avons perdu de l’argent. Mais il y a urgence ! Il n’y a pas de vaccin contre la crise climatique… Que nos actions ! ». La banque mutualiste devenait, sans le savoir, précurseure d’un puissant mouvement de fond.     

Que le Crédit Mutuel Arkéa, la deuxième fédération du groupe bancaire, n’a pas hésité à suivre, un an plus tard, sous l’impulsion de son nouveau président, Julien Carmona, dont le style tranche d’avec ses prédécesseurs : fin octobre 2021, la banque publiait ainsi une méthodologie novatrice devant notamment lui permettre d’évaluer « l’effet, positif ou négatif, (…) produit par son activité, y compris sur ses parties prenantes, sur 2 plans : environnemental & sociétal ».

Les membres de la Fédération Bancaire Française bien obligés de s’engager

Au printemps dernier, l’ONG pointait du doigt la responsabilité des plus éminents membres de la FBF (Fédération Bancaire Française) dans l’aggravation des changements climatiques : « Les trois premières banques françaises – BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale — ont même chacune, une empreinte carbone supérieure à celle du territoire français ! ». Il était donc urgent de réagir pour la FBF. 

Chose faite le 18 octobre 2021 : l’organisation annonçait que dès janvier 2022, les six plus grandes banques françaises ne financeraient plus les projets dédiés et les entreprises dont la part d’hydrocarbures non-conventionnels dans l’exploration et la production (pétrole de schiste, gaz de schiste et sables bitumineux) serait supérieure à 30 % de leur activité. À la suite de quoi, Laurent Mignon, président de la commission climat de la FBF et du directoire du groupe BPCE se félicitait : « Les banques françaises sont les premières au monde à prendre un engagement de cette ampleur. Elles sont parmi les plus engagées dans la transition énergétique ».  

Un engagement cependant en demi-teinte. Ce que soulignait l’ONG Reclaim Finance : « Contrairement à La Banque Postale et dans une certaine mesure à Crédit Mutuel, les autres banques françaises s’opposent à l’impératif scientifique relayé par l’Agence internationale de l’énergie d’arrêt de l’expansion pétrogazière ».

La Banque Postale, un engagement fort

La filiale bancaire du groupe La Poste n’avait effectivement pas attendu la FBF pour prendre des mesures. Une semaine plus tôt, celle-ci annonçait en effet son plan pour se séparer de l’ensemble de ces actifs liés aux énergies fossiles — conventionnelles ou non — à l’horizon 2030, soit 10 ans plus tôt que prévu. 

La trajectoire de décarbonation de la Banque Postale a ainsi été certifiée par l’initiative « Science Based Targets » (SBTi), pilotée par quatre grandes organisations internationales : le CDP (Carbon Disclosure Project), le WRI (World Resources Institute), le Fonds mondial pour la nature (WWF) et le Pacte mondial des Nations unies (UNGC). 

Ce label est reconnu internationalement comme le seul étant véritablement objectif, ses critères de certification étant basés sur le consensus scientifique. À ce jour, seule une autre banque dans le monde a réussi à l’obtenir : la Coréenne KB Financial Group. 

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