Le ministre de l’Économie Antoine Armand et le ministre du Budget et des Comptes publics Laurent Saint-Martin, ont récemment présenté le Projet de Loi de Finances (PLF) pour l’année 2025. Les deux hommes ont insisté sur la gravité de la situation des finances publiques et affichent pour objectif de ramener le déficit public à 5 % du Produit Intérieur Brut (PIB) dès l’an prochain. Plusieurs pistes ont été évoquées pour atteindre cette cible, mais de nombreuses incertitudes persistent quant à leur mise en œuvre.
Une situation budgétaire critique pour l’État français
Un déficit élevé
Selon les estimations de Bercy, le déficit public atteindra 6,1 % du PIB en 2024, bien au-delà de la limite de 3 % fixée par l’Union européenne. Le PLF 2025 vise ainsi à réduire ce déficit pour revenir sous les 5 %, avec un objectif à plus long terme de repasser sous la barre des 3 % d’ici 2029.
Répartition de l’effort : deux tiers, un tiers
Le projet de loi repose sur un principe d’ajustement budgétaire, avec un effort réparti selon la règle des deux tiers pour les réductions de dépenses et un tiers pour les hausses de recettes. Autrement dit, pour chaque euro de recette supplémentaire, deux euros de dépenses seront économisés. Au total, le gouvernement prévoit 40 milliards d’euros d’économies et 20 milliards d’euros de recettes additionnelles. Les réductions de dépenses concerneront l’État et ses ministères (21,5 milliards), les collectivités territoriales (5 milliards) et les administrations de sécurité sociale (14,8 milliards).
Les principales mesures du gouvernement
Revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu
Le gouvernement prévoit de réajuster le barème de l’impôt sur le revenu en fonction de l’inflation, mais sans préciser le taux exact. Selon les dernières données de l’Insee, une revalorisation de 1,9 % pourrait être envisagée, ce qui permettrait à environ 530 000 foyers de rester en dehors du champ de l’impôt, pour un coût estimé à 3,7 milliards d’euros.
Taxation des hauts revenus
Le PLF 2025 introduit également une « contribution différentielle sur les plus hauts revenus » afin de garantir un taux moyen d’imposition minimum de 20 % pour les plus aisés. Ce dispositif cible les contribuables déjà assujettis à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, c’est-à-dire ceux dont le revenu de référence dépasse 250 000 € pour une personne seule et 500 000 € pour un couple.
Report de l’indexation des retraites
La revalorisation des retraites, initialement prévue pour le 1er janvier, est reportée au 1er juillet, ce qui permettrait une économie de 3,6 milliards d’euros. La sécurité sociale devra également contribuer à un ralentissement des dépenses sociales, ainsi qu’à une diminution des dépenses fiscales en faveur des entreprises, pour un total de près de 15 milliards d’euros.
Contribution exceptionnelle des entreprises
Les entreprises seront également mises à contribution, avec 13,6 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Cette taxation concernera les entreprises dont le chiffre d’affaires excède un milliard d’euros par an, soit environ 400 entreprises françaises, préservant ainsi les plus petites structures comme les TPE et PME.
Ajustements des aides écologiques
Le gouvernement envisage aussi des économies sur certaines aides écologiques, telles que la prime pour l’achat de véhicules électriques, MaPrimeRénov’ et le Fonds vert, pour un total de 1,9 milliard d’euros. Bien que le PLF parle de « recalibrage », ces ajustements limiteront la portée de ces aides, même si d’autres investissements en faveur de la transition écologique sont prévus.
Les missions de l’État et leur répartition budgétaire
Le PLF 2025 modifie les crédits alloués aux différentes missions de l’État, mais de manière très inégale.
Des budgets stables et des suppressions de postes
Le budget de l’« Enseignement scolaire », principale mission de l’État en termes de volume, reste stable, bien que 2000 postes au ministère de l’Éducation nationale soient supprimés à partir de 2025.
Renforcement de la Défense et de l’Écologie
Les crédits pour la mission « Défense » augmentent de 7 %, avec un investissement de 3,3 milliards d’euros pour la modernisation des armées et leur préparation à d’éventuels conflits de haute intensité, dans un contexte géopolitique tendu. Par ailleurs, la mission « Écologie, développement et mobilité durables » enregistre une hausse de 16 %, avec 2,8 milliards d’euros supplémentaires, notamment pour le soutien aux énergies renouvelables et l’accompagnement des collectivités dans leur transition écologique.
Baisse des crédits pour d’autres missions
En revanche, le budget alloué à la mission « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » diminue de près de 10 %, soit 2,3 milliards d’euros d’économies, justifiées par une baisse du chômage. Parmi les mesures annoncées figurent la fin de l’expérimentation des Emplois francs pour les jeunes défavorisés et une réduction de 500 millions d’euros de la dotation de France compétences.
Investissements à long terme revus à la baisse
La mission « Investir pour la France de 2030 » subit la plus forte réduction en pourcentage, avec une baisse de 25 % (1,9 milliard d’euros), tandis que l’aide publique au développement diminue de 20 %. Ces ajustements budgétaires reflètent, en partie, le décret de février 2024 annulant 742 millions d’euros de crédits engagés par l’État.
Un PLF ambitieux, mais aux effets limités
Le PLF 2025 se veut ambitieux, en affichant un effort budgétaire de 60 milliards d’euros « par rapport au tendanciel », c’est-à-dire par rapport à la trajectoire à long terme. En réalité, malgré les 40 milliards d’euros d’économies prévues, les dépenses nettes de l’État augmentent de 6 milliards d’euros, et les recettes progressent de 7 milliards, au lieu des 20 milliards annoncés. Le déficit ne se réduira finalement que de 5 milliards d’euros, passant de 147 à 142 milliards.
Le gouvernement prévoit par ailleurs de futurs amendements pour renforcer le PLF et atteindre ses objectifs de réduction du déficit, démontrant ainsi la nécessité de suivre de près la mise en œuvre de ce projet.
