Mondialisation heureuse

Une finance plus durable pour une mondialisation plus heureuse ?

Environnement Finance

Dans le « monde d’après », la mondialisation est moins perçue comme « heureuse », les populations étant dorénavant pleinement conscientes des externalités négatives qu’entraîne la course au profit. Un changement de paradigme qui devrait alimenter le succès des placements ESG.

Le boom de la finance durable

Le sigle « ESG » désigne les critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance qui sont utilisés pour analyser et évaluer la prise en compte du développement durable et des enjeux de long terme dans les stratégies d’entreprises ou les placements financiers. Avant la pandémie, ces derniers avaient déjà le vent en poupe pour une raison simple : les compagnies qui présentent de bonnes pratiques en matière de développement durable et de considérations ESG affichaient des coûts opérationnels plus faibles, une meilleure rentabilité et donc une performance boursière supérieure, selon l’Université d’Oxford.

À tel point que PWC estime qu’en 2022, « 77 % des investisseurs institutionnels (auront cessé) totalement d’acheter des produits non ESG ». « Une refonte fondamentale de la finance », selon le CEO de Blackrock, Larry Fink, qu’ont décidé d’embrasser, avant toutes les autres, les grandes banques françaises. Par l’intermédiaire de la Fédération Bancaire Française, elles ont ainsi annoncé le 18 octobre dernier que, « dès janvier 2022, elles ne financeront plus les projets dédiés et les entreprises dont la part d’hydrocarbures non conventionnels dans l’exploration et la production (pétrole de schiste, gaz de schiste et sables bitumineux) serait supérieure à 30 % de leur activité ». Une première mondiale.

Certaines banques hexagonales ont même décidé d’aller plus loin, comme Arkéa qui évalue désormais en euros ses performances extra-financières et inclut ce chiffre dans son bilan ou encore La Banque Postale, qui a mis en place une méthode d’analyse propriétaire appelée « GREaT » afin de satisfaire ses clients souhaitant donner du sens à leurs investissements en répondant aux enjeux sociétaux et environnementaux. L’établissement est d’ailleurs en pointe de ce mouvement en France, puisqu’il a également annoncé sa volonté de sortir totalement des énergies fossiles à horizon 2040, en faisant valider sa démarche par un tiers indépendant, l’ONG Science-based Targets Initiative (SBTi), sur des critères scientifiques. Un effort que seuls 2 autres établissements financiers dans le monde ont entrepris.

Fin du paradigme de la « mondialisation heureuse »

Avec la chute du mur de Berlin en 1989 s’ouvrit l’époque de la « mondialisation heureuse », concept popularisé en France par l’économiste Alain Minc au début des années 90. En effet, la fin de la guerre froide libéra les échanges et le commerce mondial entre les anciens pays soviétiques et les pays occidentaux, qui y trouvèrent une main-d’œuvre bon marché permettant d’accroître le pouvoir d’achat de leurs habitants, en particulier des classes moyennes. Les pays émergents, devenus l’atelier des pays plus riches, assurèrent également à leurs populations la capacité d’accéder à un pouvoir d’achat jamais connu auparavant.

Les attentats du 11 septembre et la crise financière de 2008 ont provoqué les premières fractures dans cette apparente « mondialisation heureuse » où tout le monde semblait gagnant. La pandémie a porté le coup de grâce : avec le Covid, première pandémie de l’ère moderne, la plupart des opinions publiques occidentales sont désormais convaincues des méfaits de la mondialisation, au premier rang desquels l’on retrouve la pollution, notamment par le biais des gaz à effets de serre, qui, selon Cédric Philibert, analyste du changement climatique passé par l’Agence internationale de l’énergie, « ne diminuent pas avec la croissance, au contraire ». Et ce n’est pas le dernier rapport du GIEC qui fera changer d’avis les populations.

Les experts de l’ONU estiment que les conséquences du réchauffement lié à l’activité humaine sont dorénavant généralisées et bien souvent irréversibles. Est-ce à dire qu’il est de toute façon trop tard pour agir ? Non, bien entendu, il importe au contraire de sauver ce qui peut encore l’être. Le monde de la finance semble l’avoir compris : en Europe, la finance durable représenterait ainsi « 24 % de l’actif total des fonds distribués » en 2021 selon le cabinet Quantalys, un chiffre qui aurait quasiment doublé par rapport à 2020.

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