Un monde sans pollution plastique est-il possible ?

Environnement Une

Pour répondre à cette question, trois tables rondes ont été organisées à l’Assemblée nationale le 24 juin dernier par l’Institut des Transitions sous la présidence de Philippe Bolo, Député de Maine-et-Loire et d’Angèle Préville, Sénatrice du Lot. Des participants*, experts, praticiens, industriels dans les différents secteurs de l’économie Plastique ont partagé leurs points de vue sur les enjeux et les solutions.

La production annuelle de plastique atteint 360 millions de tonnes (chiffres 2018) dont 60 millions en Europe, et son doublement est prévu d’ici 2050. Aujourd’hui 81% des déchets plastiques proviennent d’emballages à usage unique. Avec la pandémie, une forte augmentation des emballages, des contenants avec la livraison de repas, des masques et de toutes les protections mises en place est constatée. Une pollution exponentielle à tous les niveaux de l’environnement via les macro, micro et nano déchets.

Peut-on se passer du plastique ?

Ce matériaux est omniprésent dans l’aéronautique, l’automobile, le bâtiment, la grande distribution, l’ameublement, les textiles…. Idée reçue : le plastique est considéré comme un déchet parce que nous sommes focalisés sur sa fonction d’emballage alors qu’il compte nombre d’usages essentiels : conservation des aliments évitant le gaspillage alimentaire ; léger, il entre dans la construction des avions, des voitures… C’est un matériau qui contribue à la société bas carbone car il est recyclable.

En revanche et compte tenu du nombre important et diversifié des usages des matières plastiques et de leur durée de vie respective, chaque secteur d’activité doit s’interroger de façon spécifique en termes de réduction, réutilisation, recyclage, réemploi ou limitation de fuites, via son propre écosystème et la typologie de ses clients. Il s’agit donc de repenser les modes de production, de consommation et de recyclage afin de réduire au maximum les matière plastiques inutiles.

Développer la sensibilisation et la communication

Il est urgent de sensibiliser et d’informer pour limiter l’afflux de tous ces déchets. Une urgence absolue, d’autant que les déchets plastiques restent des polluants durant des dizaines voire des centaines d’années puisqu’ils ne se décomposent pas lors de leurs relargages dans la nature assortis de leurs additifs et plastifiants souvent toxiques.

Pour ce faire, des opérations sont menées dans les écoles et par les associations. Mais il faut également informer les consommateurs et les producteurs de plastiques pour in fine réfléchir aux modes de consommation de nos sociétés.

Le soutien à la Recherche est également fondamental afin de mieux connaître et comprendre le cycle de vie des matières plastiques et de mieux documenter leur impact dans l’environnement.

Enfin, il est incontournable de structurer un dialogue pérenne avec la pétrochimie, les plasturgistes, les metteurs sur le marché, les consommateurs, les opérateurs de la collecte et du recyclage à travers des enjeux partagés par l’ensemble de la chaîne de valeur.

Promouvoir l’économie circulaire : réduire, réutiliser, recycler

En France, 4 millions de tonnes de déchets plastiques sont à traiter.

Suez, expert de l’économie circulaire, accompagne, à travers une palette d’offres, les différentes parties prenantes dans leurs réflexions : les politiques, les industriels qui conçoivent, les municipalités qui gèrent une partie de la collecte des emballages, les industriels qui mettent des produits sur le marché, et les producteurs de plastiques de polymères vierges. Tous sont associés à la recherche de solutions pour réintroduire du plastique recyclé dans le polymère vierge. Dans ce cadre, Suez mène un partenariat emblématique avec Lyondell Basell, spécialiste mondial de la chimie, qui augmentera sa capacité de production de matériaux recyclés pour atteindre environ 55 000 tonnes par an.

De son côté Polyvia, union des transformateurs de polymères, travaille sur une logique d’ACV dynamique : en amont, pour proposer des solutions par l’incorporation de matières premières recyclées et, en aval, avec les donneurs d’ordres sur la fin de vie des matières premières et ainsi améliorer la collecte. Mais, il faut aller encore plus loin et mettre en œuvre une filière globale permettant aux transformateurs de maîtriser le sourcing des matières recyclées en termes de qualité, de traçabilité…

Nestlé, quant à lui, intervient sur trois axes : la rationalisation de ses emballages vers des monomatériaux ; le support des filières de plastiques afin de les réincorporer dans de nouveaux emballages et la revalorisation des petits emballages plastiques.

En conclusion, il faut considérer toute la chaîne de valeur, de l’écoconception jusqu’à la collecte, en passant par la transformation et l’usage de façon collective. Beaucoup d’acteurs sont concernés, il s’agit de trouver la solution la plus pertinente en fonction des territoires et de leurs particularités.

Miser sur l’innovation : dépasser les freins, activer les leviers

Les freins sont nombreux, qu’ils soient économiques ou réglementaires, mais des leviers existent. L’important est de miser sur l’innovation dans tous les domaines pour éviter les fuites dans l’environnement, de faire du plastique un allié.

L’innovation nécessite la bonne articulation entre la dimension législative et celle de l’entreprise. Il s’agit de donner une impulsion au domaine économique en fixant des échéances judicieuses et logiques par rapport aux retours sur investissements. Elle doit être abordée de façon technologique et sociétale pour lever les freins à la résistance de certains consommateurs. L’innovation est à étudier de façon globale.

Les déchets ont un impact sur la biodiversité, le réchauffement climatique, la ressource, dans le temps long industriel. Cela nécessite d’insuffler de la pédagogie et de la désirabilité auprès des consommateurs dans cette transformation. C’est un mouvement de société qu’il faut engager.

 

* Participants : Marc Cheverry, Directeur Economie Circulaire et Décherts, ADEME – Jean Hornain, Directeur général, Citéo – Emmanuelle Perdrix, Présidente, Polyvia – Pierre-Yves Pouliquen, Suez – Angèle Préville, Sénatrice du Lot et Mathieu Tuau, Head of Packaging and sustainability, Nestlé. Animateurs : Alexandre Heully, Responsable formation innovation et entrepreneuriat à impact, Université PSL – Pierre-Emmanuel Saint-Esprit, Directeur Général de ZACK et Fabian Tubiana, Rédacteur en chef de Plastiques & Caoutchoucs Magazine.

 

Sylvie Journaux

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