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Colza : des opportunités pour le climat

Environnement

Touché par le dérèglement climatique, le colza a vu ses surfaces de culture diminuer malgré son rôle-clé dans la transition énergétique. Avec l’aide des pouvoirs publics, la filière entend bien se mobiliser pour préserver et renforcer la place du colza en France.

En seulement trois ans, les surfaces de culture du colza ont diminué de 35 % en France, soit plus d’un tiers depuis 2017. Selon Philippe Pluquet, responsable technique au sein de la coopérative agricole Noriap, près d’un million d’hectares de cette plante aux fleurs jaunes auraient ainsi disparu des champs hexagonaux, en raison notamment des « conditions sèches au moment des semis et de la pression importantes des insectes ». Un constat partagé par Aurore Baillet, qui assure que « le point de rupture dans l’augmentation des rendements du colza en France correspond à l’élévation des températures moyennes » depuis la fin des années 80.  « Cela fait donc déjà 30 ans que le colza subit les effets de ces modifications du climat et notamment de la hausse des températures et le déficit de pluie au printemps et en été », souligne l’ingénieur chez l’institut Terres Inovia, spécialisé dans les huiles et protéines végétales. Et l’experte de pointer du doigt une absence de précipitations au moment de l’implantation, facteur de fragilisation des cultures, lors de cinq des dix dernières années.

Victime directe du réchauffement climatique, la culture du colza recèle pourtant un potentiel démontré pour accélérer la transition énergétique, et donc lutter contre la hausse de la température planétaire. Son exploitation à des fins énergétiques (en coproduit de la production de protéines) s’applique à divers domaines, et notamment à celui des transports. Depuis le 6 avril et jusqu’à début juillet, tous les trains de la ligne Paris-Granville (Manche) sont alimentés par un carburant à base d’huile de colza. Cette expérimentation inédite en Europe vise à remplacer le diesel utilisé pour alimenter les moteurs des trains. À elle seule, elle est source de 60 % d’émissions de CO2 en moins. « Il a été démontré sur des bancs moteurs que le système de propulsion diesel de nos trains supporte très bien l’usage de ce biocarburant. Aucune modification n’est nécessaire, sinon celle qui porte sur la station-service », se réjouit Jean-Philippe Dupont, directeur de la SNCF-Normandie. Toujours en matière de transport, le colza est également utilisé sous forme d’huile de cuisson usagée pour alimenter en partie des moteurs d’avion. Ces biocarburants aériens, également composés de graisses animales, sont déjà produits dans les bioraffineries de La Mède (Bouches-du-Rhône) et d’Oudalle (Seine-Maritime) de Total, qui prévoit d’en incorporer 1 % dans le carburant des avions dès 2022 et 5 % à l’horizon 2030.  Outre les transports, la culture du colza permet aussi la création de coproduits utilisables pour l’alimentation animale. Ces tourteaux de colza, issus de la production d’huile végétale, sont particulièrement utilisés pour l’alimentation des bovins et peuvent ainsi se substituer aux tourteaux de soja d’importation.

Une mobilisation nécessaire pour répondre à la demande haussière qui se profile

Source d’énergie 100 % renouvelable, le colza est aussi une ressource au potentiel prometteur pour la production d’électricité, en particulier dans les territoires géographiquement isolés. À La Réunion, la filiale de Production électrique insulaire d’EDF (EDF-PEI) s’apprête dès 2023 à remplacer le fioul lourd qui alimente la centrale du port de commerce par de la biomasse liquide qui sera fabriquée en partie à partir de colza européen, dont les cultures assurent à la fois des débouchés alimentaires (protéines) et énergétique (biomasse liquide). « Des essais effectués récemment sur un des moteurs d’une centrale équivalente en Guadeloupe ont été concluants, souligne Alexandra Sengelin, directeur du site réunionnais. La conversion sera assez simple : la biomasse liquide pourra être stockée dans les cuves actuellement utilisées pour le fioul et nous aurons très peu de modifications à apporter sur nos 12 moteurs. » Grâce à la contribution de la biomasse liquide mais aussi solide, l’île de l’Océan indien devrait être alimentée uniquement par de l’électricité renouvelable d’ici 2024, réduisant ainsi massivement son empreinte carbone actuelle.

Alors pour pourvoir à cette demande sur le point d’exploser, la filière s’organise afin d’inverser la tendance actuelle et « réaffirmer la position essentielle » de la culture du colza en France, à en croire un collectif de professionnels mobilisés sur le sujet. « Le colza représente un enjeu agricole, alimentaire et environnemental car il concentre les débats autour de la souveraineté de notre pays. Toutefois, pour que le colza consolide sa place au sein de ces territoires, nous continuons à nous engager pour renforcer sa rentabilité économique », affirme ce groupement. Des acteurs notamment à l’origine de la plateforme d’essais Secure Colza, qui a pour objectif d’« explorer différentes possibilités pour sécuriser l’implantation du colza et voir quel intérêt économique elles présentent pour l’agriculteur ». Du côté des pouvoirs publics, l’heure est également à la prise de conscience de l’importance de préserver la culture du colza. Le nouveau plan Protéines, présenté le 1er décembre 2020 par Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, cible ainsi spécifiquement le renforcement de la filière pour limiter les importations de protéines végétales. « La France est la première puissance agricole en Europe et pourtant, notre dépendance aux importations demeure trop importante, souligne le ministre. Ma priorité est claire, nous devons impérativement regagner en souveraineté agroalimentaire. » Fort d’un budget de 100 millions d’euros, le gouvernement a pour ambition d’augmenter de 40 % la surface de production des légumineuses et oléagineux d’ici trois ans, colza compris. Soit un retour au niveau de 2017 qui ne sera probablement pas suffisant pour permettre d’exprimer tout le potentiel de cette plante si commune, et pourtant tellement riche en ressources…

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