Louise Mushikiwabo et Francophonie – une candidature polémique ?

Géopolitique

Agée de 57 ans, Louise Mushikiwabo est l’actuelle Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement rwandais. Soutenue par Emmanuel Macron, désireux de se rapprocher du régime de Paul Kagamé, Président contesté du Rwanda, la candidature de Louise Mushikiwabo a suscité des réactions indignées d’une partie de la classe politique française et des pays francophones.

Un positionnement anglophone revendiqué par Paul Kagamé

La mémoire rwandaise reste empreinte du génocide des tutsis, perpétré en 1994 par une partie de la majorité hutue. D’une extrême violence, les massacres ont causé la mort de 800 000 tutsis en à peine trois mois. La paternité du génocide reste délicate à définir et les rôles de chacun des acteurs sont encore flous.

Régulièrement, depuis son accession au pouvoir, Paul Kagamé accuse la France d’être la principale coupable du génocide rwandais. En 2006, indigné par les accusations d’un tribunal français, qui dénonçait sa possible implication dans l’attentat contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana, acte déclencheur du génocide, Paul Kagamé avait rompu les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. Malgré un début de normalisation des relations après cet événement, Paul Kagamé réitère, en 2014, ses accusations contre la France. En réaction, aucun représentant officiel français ne s’était rendu aux commémorations du génocide cette année. En novembre dernier, Louise Mushikiwabo avait d’ailleurs exigé que « la France prenne ses responsabilités »[1] en interpellant directement le Président nouvellement élu, Emmanuel Macron. La Ministre des affaires étrangères avait ainsi évoqué  « le soutien, la participation, d’une manière ou d’une autre » de la France au génocide.

En complément de sa position très hostile à la France, Paul Kagamé a multiplié les gestes de sympathie envers l’Angleterre, en capitalisant d’abord sur la portée symbolique et culturelle de la langue. En 2009, Paul Kagamé a fait de la langue anglaise la principale langue d’enseignement, au détriment du français. En 2010, le Rwanda a fait le choix stratégique et politique d’intégrer le Commonwealth, s’inscrivant ainsi définitivement dans la zone d’influence de la Grande-Bretagne.

Le Président du Rwanda a renforcé ses liens avec le Commonwealth

Les inquiétudes des ONG sur le respect des droits de l’homme

L’ONG Reporters Sans Frontières (RSF) s’est indignée de la candidature rwandaise à la tête de la francophonie. Les atteintes récurrentes du gouvernement rwandais aux droits humains représentent un sujet de crispation majeur pour les ONG. En effet, la mission de l’OIF reste orientée vers la promotion de la démocratie, la défense des droits de l’Homme, des libertés individuelles ou encore de l’égalité de genre. Des missions jugées très largement contraires à la politique interne autoritaire du Rwanda, selon RSF.

« Cela me paraît tout à fait incompatible, étant donné la lourde responsabilité de madame Mushikiwabo en matière d’atteinte à la liberté de la presse, et d’atteinte aux droits de l’Homme en général au Rwanda » a ainsi affirmé Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

En effet, le Rwanda a adopté une politique très restrictive en matière de liberté de la presse. Depuis 1996, une dizaine de journalistes ont été assassinés ou restent, aujourd’hui, portés disparus. Le pays est, en 2018, 156 ème au classement de la liberté de la presse. Une position à peine meilleure que la Turquie, l’Iran ou encore la Somalie.

Si les atteintes aux droits de l’homme et l’hostilité manifeste de Paul Kagamé à la France restent  les deux principaux points de crispation de la candidature de Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF, d’autres sujets continuent de parasiter les relations du Rwanda à la francophonie. Selon le politologue Isidore Kwandja Ngembo, le Rwanda refuserait régulièrement de s’acquitter de sa cotisation à l’OIF, impactant ainsi les capacités d’action de l’organisation.

Si rien n’est encore acté, une éventuelle nomination de Louise Mushikawabo à la tête de l’OIF risquerait, selon certains, de compromettre très fortement la réputation de l’OIF et l’engagement de l’organisation pour la défense des valeurs démocratiques et des droits de l’Homme.

[1] : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/10/29/le-rwanda-met-la-pression-sur-emmanuel-macron-pour-regler-le-contentieux-lie-au-genocide_5207591_3212.html

 

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