Surdiagnostic médical : le revers de la médaille du dépistage

Santé Société

Le surdiagnostic (découverte d’une maladie qui n’aurait pas évolué ou qui n’aurait pas affecté la vie
du patient) est l’une des conséquences des possibilités de dépistage offertes par des technologies
médicales de plus en plus développées. Derrière les risques de surtraitement, le surdiagnostic entraîne
une méfiance chez certains patients. La participation au dépistage du cancer du sein est ainsi en
baisse.

D’une médecine clinique à une médecine de dépistage
Le paysage de la médecine s’est vu largement transformé ces trente dernières années avec le
développement d’outils permettant d’accéder à des informations qui jusque-là ne pouvaient être
données que par le témoignage du patient ou par ses symptômes. Le développement des
technologies de l’échographie ou de l’IRM a ainsi permis au corps médical d’avoir accès à des images
permettant de voir, en amont du déclenchement des symptômes, des maladies potentielles.
On est ainsi passé d’une médecine uniquement clinique (prise d’information au « chevet du
patient », une fois les symptômes établis) à une médecine de dépistage visant à détecter, le plus en
amont possible, des maladies éventuelles.

Dépistage et surdiagnostic
Ces nouvelles possibilités de diagnostic, offertes par des technologies toujours plus pointues, a
débouché sur un effet pervers du dépistage : un surdiagnostication. Ce terme évoque deux situations
médicales : une situation d’erreur de jugement et d’interprétation de l’image (un « faux positif »)
mais surtout, et plus largement, une situation de diagnostic d’un problème avéré mais qui n’aurait,
auparavant, jamais apparu (la vie du patient n’en aurait jamais été affecté).
Le principal problème du surdiagnostic est ainsi le surtraitement. Le corps médical mène donc depuis
plusieurs années une réflexion sur le juste équilibre à trouver entre dépistage permettant d’éviter le
déclenchement de nombreuses maladies et dépistage risquant de traiter un peu trop rapidement ou
un peu trop lourdement des patients qui n’auraient en temps normal souffert d’aucun trouble.

Cancer du sein : la défiance de certaines patientes
Derrière le risque de surtraitement, l’autre risque du surdiagnostic est la défiance des patients. Le
Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s’inquiétait ainsi récemment
d’une baisse de la participation au dépistage organisé du cancer du sein (une mammographie
gratuite tous les deux ans pour les femmes entre 50 et 74 ans).

Les spécialistes rappellent que, si entre 10 et 20 % des cancers détectés en France sont bel et bien
surdiagnostiqués, ce n’est pas le cas du cancer du sein où la grande majorité des tumeurs doit
absolument être enlevée (contrairement au cancer du côlon par exemple où certaines tumeurs
peuvent disparaître).
Derrière la crainte d’un surdiagnostic, la défiance de certains patients s’explique également par un
mouvement plus général de remise en cause des recommandations médicales (dont le mouvement
anti-vaccin est le symbole). Une méfiance que la crise du Levothyrox n’est pas prête d’atténuer…

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