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Feux de forêt : s’adapter pour mieux prévenir

Environnement

Face au risque croissant de feux de forêt, les forestiers s’organisent. Pour prévenir les incendies, leur travail de prévention est primordial. Face aux sécheresses récurrentes et à la hausse des températures, l’adaptation des forêts au changement climatique est indispensable.

Des “incendies qui s’intensifient avec le changement climatique et touchent de plus en plus de régions” : devant ce constat, le gouvernement a annoncé un renforcement du dispositif national de lutte contre les feux de forêt. Une vigilance renforcée, car les risques  ne concernent plus uniquement les zones historiquement touchées, dans le sud de la France : “Aujourd’hui, tout le territoire est concerné”, explique le porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSPF), Eric Brocardi. En France, 90% des feux de forêt sont d’origine humaine. Adopter les bons gestes, comme ne pas allumer de feux dans les zones boisées, ou ne pas jeter de mégots de cigarettes, pourrait permettre d’éviter la moitié des incendies. Mais ce ne sont pas des mesures suffisantes, d’autant que le dérèglement climatique, avec son lot de sécheresses et de canicules, est un facteur aggravant. Selon le communiqué du gouvernement diffusé début juin 2021, “50 % des forêts métropolitaines seront soumises au risque incendie élevé dès 2050 ”. Les régions déjà touchées comme la région PACA (Provence – Alpes – Côte d’Azur), l’Occitanie, la Corse et la Nouvelle Aquitaine, pourraient voir le risque d’incendie s’intensifier. Le Nord-Ouest de la France, jusqu’ici épargné, pourrait y être confronté : en 2020, à Vienne-en-Val, près d’Orléans, 250 hectares de friches et de forêts sont ainsi partis en fumée.

Une extension géographique sur laquelle revient Yvon Duché, responsable technique national Incendies de forêts à l’Onf (Office national des forêts), “D’ici 20 à 30 ans, nous aurons selon ces simulations un déplacement du risque d’incendie vers l’Aquitaine et le Val-de-Loire, ainsi que dans la région parisienne. D’ici à 2090, ces prévisions indiquent que ce qui se passe aujourd’hui dans l’arrière-pays méditerranéen sera la situation normale sur l’ensemble du territoire”. Ce à quoi s’ajoute un phénomène d’extension temporelle, les feux n’étant plus cantonnés à la seule période estivale. “La sécheresse et le changement climatique s’amplifiant, les forêts brûlent aussi en hiver. En février 2020 par exemple, près de 3.000 hectares de forêts sont partis en fumée en Corse, vers Quenza et ses environs.”, rappelle encore Yvon Duché.

Les forestiers, garants de la prévention des feux de forêt

Que faire face à ce risque bien présent, et amené à s’intensifier ? Le rôle des pompiers est primordial, et chaque année ils se tiennent mobilisés pour intervenir et éteindre les incendies. On connaît moins l’aspect préventif, dans lequel les forestiers jouent un rôle essentiel. Chaque été, l’Onf met en place une cellule de veille, qui permet, à partir d’un certain niveau de sécheresse de la végétation et de la présence de vent, d’évaluer un indice de risque de feu. Et en cas de risque trop important, priorité est donnée à la prévention : des mesures peuvent être prises, parmi lesquelles l’interdiction de pénétration d’engins mécanisés, comme les voitures, dans la forêt. Chaque été, ce sont près de 300 collaborateurs de l’Onf qui sont ainsi mobilisés contre les feux de forêt, au sein de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI). Des patrouilles sillonnent le territoire, et donnent l’alerte en cas de départ de feu. En dehors de l’été, la prévention passe surtout par l’entretien des zones forestières. Chaque année, 220 personnes travaillent pour entretenir 1800 hectares de zones débroussaillées. L’objectif ? Diminuer le volume de végétation combustible, créer des coupures appelées “discontinuités” de façon à ralentir la propagation en cas de feu, et créer des pistes entretenues pour permettre l’arrivée des secours. En cas de feu et de destruction d’un massif forestier, l’Onf accompagne également la reconstitution écologique des lieux, ne pouvant être réalisée qu’après une étude complète.

Les forêts publiques ne sont évidemment pas les seules à être exposées au risque incendie. Les coopératives forestières travaillent ainsi avec les services de la DFCI pour prévenir les départs de feu. En s’appuyant sur un document de gestion, les forestiers privés valorisent leur propriété tout en dégageant les sous-bois, ce qui réduit le risque de propagation des incendies. C’est ce que confirme le Programme national de la forêt et du bois : “Le développement d’une gestion préventive répondra simultanément à la gestion du risque incendie et à la mobilisation de plus de bois”. Pour le sénateur sarthois Jean-Pierre Vogel, auteur du bilan de la stratégie nationale de DFCI, « Les propriétaires forestiers jouent bien sûr un rôle majeur. L’enjeu pour la prévention des incendies est de sensibiliser les propriétaires à l’entretien et à la valorisation des parcelles. Cela peut passer par l’implantation d’essences moins soumises au risque incendie ou plus rentables. » Ce à quoi souscrit Pierre Macé, directeur de la DFCI Aquitaine, selon qui l’ « implication des propriétaires et le maintien d’une sylviculture dynamique » , « restent les meilleurs alliés de la prévention contre l’incendie. »

Adapter la forêt pour limiter le risque de feu

La prévention des feux de forêts passe aussi par une adaptation de la forêt au changement climatique. Selon une étude menée par des chercheurs de l’Université de Barcelone, et publiée en octobre 2018 dans la revue Nature Commmunications, le réchauffement climatique provoquera des incendies dans des zones toujours plus vastes de l’Europe méditerranéenne. Une augmentation qui pourrait toutefois être contenue, à condition de limiter la hausse des températures à 1,5°C, comme le préconise le rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), paru en 2018. Dès lors, adapter la forêt au changement climatique est une priorité des forestiers. Le GIEC lui-même en appelait à se soucier des “puits de carbone” que sont les forêts, nécessaires pour limiter le réchauffement climatique. Adapter les forêts au changement climatique est donc un cercle vertueux : une forêt adaptée et entretenue permet de limiter plus efficacement le réchauffement climatique, et donc le risque d’incendie, et inversement. Antoine d’Amécourt, président de Fransylva, le confirme : « c’est bien en entretenant nos forêts que nous réduisons l’impact des feux : la présence de l’homme en forêt pour surveiller, créer des pistes, améliorer l’accès aux pompiers, entretenir les mares forestières, limiter le bois mort et réduire ainsi les combustibles au sol… Une forêt gérée est moins sensible à l’incendie qu’une forêt non gérée. »

Animés par cette priorité, les professionnels de la forêt ont développé des outils pour tenter d’adapter la forêt au changement climatique. L’Onf, aux côtés du Centre national de la propriété forestière (CNPF), a développé ClimEssences, une plateforme internet qui aide les professionnels publics ou privés à faire face aux changements. Autre outil : l’indicateur Klima Struz, qui permet de visualiser sur une carte les aires climatiquement compatibles avec les différentes essences forestières, avec une capacité prédictive qui s’étend jusqu’en 2100. Il devient ainsi possible d’adapter les forêts en choisissant des espèces adaptées au feu et à la sécheresse. Exemple avec le chêne-liège, qui fonctionne comme un “obstacle au feu” selon Gisela Santos Matos, technicienne forestière de l’Association syndicale libre Suberaie Varoise.

 

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