Implantation d’entreprises : la revanche de la périphérie ?

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Pour de nombreux analystes, l’employeur a aujourd’hui des responsabilités à assumer au sein d’un écosystème donné. Si la plupart des grandes entreprises ont installé leur siège social dans les métropoles, d’autres ont fait le choix de s’implanter dans des territoires plus reculés. Des décisions qui présentent de nombreux enjeux, mais offrent également des avantages majeurs, à condition de répondre aux attentes locales.

L’attrait économique des métropoles

Quels sont les deux éléments constitutifs d’une métropole aujourd’hui en France – mais pas que -, au-delà du nombre d’habitants au kilomètre carré ? Un cours d’eau ou un littoral à proximité, qui permettaient de fluidifier les échanges commerciaux lorsque les villes se sont bâties. Si bien, et c’est le second élément, que les sièges sociaux ont fini par fleurir par dizaines, voire centaines, aimantés par le développement économique permis par les conglomérats de sociétés qui ont, au fil des années, dessiné la géographie de l’activité, de l’emploi, de l’économie dans l’Hexagone.

Si Paris, la capitale, attire naturellement le plus grand nombre de sièges sociaux dans ses alentours, Bordeaux (JouéClub, CDiscount) et Toulouse (Airbus) ne sont pas en reste. A cela plusieurs raisons. « La métropole peut être d’abord synonyme de marchés. Rassemblant un nombre important de consommateurs dont des consommateurs aux niveaux de revenus intermédiaires et élevés, les métropoles sont des places marchandes dynamiques dont les flux d’échange peuvent être renforcés par la présence d’une clientèle étrangère », expliquait une note de CITEGO en 2013. Pour autant, alors que la plupart des sièges sociaux des grands groupes sont localisés dans les métropoles ou à proximité, d’autres sociétés ont fait le choix de se développer en périphérie, favorisant l’emploi local.

SFAM, Kuhn : ces entreprises des territoires

Du point de vue de l’innovation, également, la métropole possède quelques atouts indéniables. « La densité de chercheurs et leur proximité géographique représenteront une opportunité pour développer des partenariats stratégiques visant à préparer les futurs produits et à introduire des innovations dans les procès de production ». Car celles-ci passent avant tout, il est vrai, par des « opportunités », des « contacts physiques » matérialisables, dans les métropoles, parce que peuvent se rencontrer le chercheur, l’investisseur, l’industriel, éventuellement le politique, le designer, etc.

Un mode de réflexion, autour de l’innovation, si ce n’est usité, du moins remis en question, aujourd’hui, grâce à l’apparition des nouvelles technologies. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir des façades vitrées estampillées siège social sortir de terre, dans les périphéries tricolores, afin de concurrencer un peu les métropoles. Et dynamiser l’activité. Comme à Romans-sur-Isère (Drôme) et Roanne-Mably (Loire), où se trouvent les 1 600 salariés de la Société française d’assurance multirisques (SFAM), le groupe de courtage en assurance affinitaire créé par Sadri Fegaier, aujourd’hui bien placé au capital de Fnac Darty.

L’homme d’affaires explique : « Contrairement à ce que l’on peut trouver habituellement chez nos concurrents, j’ai misé sur la proximité en basant mes salariés à Romans d’abord, dont je suis originaire. Outre une qualité de service avec des équipes motivées au quotidien, nous avons ajouté cette proximité avec le consommateur. Les appels générés par nos produits d’assurance vendus par nos distributeurs arrivent ainsi à Romans, à Roanne ou à Paris depuis peu », renseigne celui qui a obtenu, en 2018, le prix de l’Entrepreneur de l’année en Auvergne-Rhône-Alpes.

A côté de la SFAM, mention spéciale à Kuhn, le fabricant alsacien de machines agricoles dont le siège social est basé à Saverne (Bas-Rhin), où sont assemblées les faucheuses, faneuses, semoirs et autres distributeurs d’engrais, qui fêtait en 2018 ses 190 ans. Et ce de la plus belle des manières, puisqu’il venait d’enregistrer un chiffre d’affaires frôlant le milliard d’euros (966 millions d’euros), son record datant de 2013 (1,048 milliard d’euros). Kuhn fait, tout comme la SFAM, beaucoup pour l’activité locale, puisque le groupe français emploie quelque 1 500 personnes à Saverne et dans ses environs.

Responsabilité territoriale des entreprises

D’un point de vue social, l’avantage d’une implantation en territoire n’est plus à démontrer. Avec, dans ses valises, de l’activité et des emplois à offrir, un groupe qui privilégierait la périphérie à la métropole œuvrerait ainsi pour le développement local, aussi bien économique que politique d’ailleurs. Mais lui, qu’aurait-il à y gagner ? Une note de France Stratégie (ministère de l’Économie) l’affirmait très clairement en 2018 : l’entreprise qui choisit la province renforce sa « capacité à se différencier », à travers les systèmes productifs locaux (DATAR) qui facilitent les dynamiques d’innovation technique notamment.

« Au-delà de l’intérêt stratégique pour certaines entreprises de s’implanter sur un territoire particulier, la territorialité personnelle du dirigeant joue aussi un rôle », poursuit la note. Comme c’est le cas avec la SFAM, alors que Sadri Fegaier souligne à quel point l’implantation locale offre de nombreux avantages : « Cela permet une analyse rapide du dossier client, et le consommateur s’y retrouve. Le fait d’être joignable et accessible rapidement offre une qualité de service basée sur une rapidité d’exécution mais aussi sur la formation ». La SFAM forme effectivement une soixantaine de personnes, afin de leur délivrer un diplôme bac+2 ou +3 et de les embaucher derrière.

Développement de la concertation sur les projets, soutien du développement économique et des services de base, dynamisation de l’attractivité du territoire : se dirige-t-on vers une responsabilité territoriale des entreprises ? Les cas de SFR et Vinci sont particulièrement évocateurs. Tandis que le groupe de télécom a formé, ces dernières années, plus de 600 tuteurs afin qu’ils accompagnent des jeunes issus de quartiers dits sensibles pour qu’ils intègrent de grandes écoles, le second a bâti des parcours qualifiants à destination des demandeurs d’emplois afin de les former aux métiers du BTP.

Grâce à l’émergence des normes RSE, des nouvelles technologies et la concertation entre privé et public, les entreprises ont cessé, petit à petit, de n’être « que » productrices de richesses, pour s’emparer des questions socio-économiques externes. Pour de nombreux analystes, l’employeur a aujourd’hui des responsabilités à assumer au sein d’un écosystème donné. Qui peut très bien être, pour le bien de la collectivité dans son ensemble, un territoire éloigné des grandes métropoles où se concentrent traditionnellement activité économique et emplois. Cours d’eau et littoral à proximité ou non.

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