L’agriculture et le Brexit

Géopolitique

Il y a cinq semaines, madame Theresa May, chef du gouvernement du Royaume-Uni présentait les résultats de 17 mois de négociations avec Bruxelles. En cas d’accord du parlement londonien, le pays quittera l’UE le 29 mars prochain tout en restant membre du marché unique pour 18 mois. Si l’accord est refusé alors le pays se retira de la Politique agricole commune (PAC) dès le 30 mars.

Les travailleurs britanniques de la terre ont largement soutenu le Brexit lors du référendum de 2016. Ce choix s’est élargi à l’ensemble des zones rurales en Angleterre. Les ruraux Galois se sont montrés très partagés alors que les Nord-Irlandais et les Ecossais ont soutenu le « remain ». Le vote démontrait une exaspération accrue vis-à-vis des réglementations européennes et une certaine confiance en l’avenir de l’agriculture insulaire. Depuis l’entrée dans l’UE du pays en 1973, l’agriculture britannique a considérablement évolué. La moitié des fonds versés à l’agriculture nationale viennent de la PAC. Sur la période 2014-2020, 28 milliards d’euros ont été reversés au secteur, répartis entre les subventions agricoles et l’aide au développement des zones rurales.

« Si le Royaume-Uni quitte l’UE sans accord, le ministère de l’Agriculture […] s’assurera que le flux de financement aux agriculteurs […] soit ininterrompu », affirme le site du gouvernement britannique. Le gouvernement assure donc, pour l’instant, que les aides seront bien versées jusqu’à la fin de l’année 2020. Et ce y compris en cas de No Deal, de sortie sans accord de l’UE.

L’UE a, pour le moment, une balance commerciale très déficitaire en direction du Royaume-Uni. On compte 47 milliards de dollars exportés vers le Royaume-Uni depuis l’UE, soit près de 9% des exportations agricoles et agroalimentaires européennes, alors que 4 % des importations agricoles et agroalimentaires de l’UE-27 viennent d’Outre-Manche, pour un montant de 17 milliards de dollars. Il faut noter que certains secteurs britanniques dépendent de l’UE. La production de viande de mouton, de bœuf mais aussi de colza était destiné à 90% à l’exportation vers les pays du marché commun l’an passé.

« A partir du moment où un débouché important se ferme ou s’appauvrit, où un marché est déséquilibré, l’ensemble des filières à l’échelle européenne est déstabilisé », présente Michel Lafont, responsable du pôle économie-prospective à la Chambre régionale d’agriculture de Normandie. Les évolutions futures du marché et les droits de douanes vont décider du sort des milliers d’emplois des deux côtés de la Manche.

Il y a fort à parier que de toute façon le Brexit va fortement et temporairement bouleverser les structures économiques de l’agriculture européennes. En cas de No Deal la part d’imprévu est bien plus importante. « Cela conduira à des difficultés très concrètes durant quelques mois avant un rééquilibrage sur le marché européen : un peu trop d’offre et des prix à la baisse », détaille Michel Lafont. « On est sur un marché européen ouvert donc si ça coince à un endroit, cela se répartit ailleurs et fait pression sur l’ensemble du marché » ajoute-t-il.

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