Elections malgaches

Géopolitique

Près de dix millions d’électeurs étaient appelés aux urnes en début de semaine pour reprendre en main le destin du pays alors qu’une partie du territoire national souffre d’un début de famine causée par la sécheresse. De tout le pays les procès-verbaux des bureaux de vote ont été acheminés à Antananarivo.

S’exprimant dans un français parfait, Jean, un malgache âgé de 55 ans explique : “c’est mon devoir d’aller voter, on est en république. Il ne faut pas s’en priver, c’est la seule façon de faire bouger les choses”. Avec fierté, l’ancien professeur affiche son pouce taché d’encre violette et sa carte d’électeur après avoir accompli son devoir à l’école primaire du quartier d’Ankadivato, à Antananarivo.

La journée du 7 novembre a été déclarée férié pour inciter la population à se rendre aux urnes. Dès 6h30, des files d’attentes se formaient là où les besoins de changement de la population sont les plus importants. Dans les quartiers riches aussi, on a fait le déplacement. Simon, chef d’une petite entreprise de textile, détaille les raisons de cette mobilisation : « c’est normal Ça veut dire que nous avons la volonté de changer. J’ai 65 ans et je vois vraiment la différence avec les élections de 2013. »

Dans un autre quartier de la ville, Lola, 19 ans, explique pourquoi voter est crucial pour elle : « c’est très important pour moi. Il y a six mois, un de mes amis a été poignardé à mort par des bandits dans le quartier des 67 ha. Ils ont volé son ordinateur. La sécurité est un besoin vital, on ne peut rien faire sans. »

Trente-six candidats se sont présentés au premier tour des présidentielles. Parmi eux, trois anciens présidents, le sortant Hery Rajaonarimampianina, Marc Ravalomanana (2002-2009) et Andry Rajoelina (2009-2013). Ces trois candidats ont éclipsé les autres du fait des énormes moyens monétaires à leur disposition. Comme le décrit le chercheur Christian Bouquet, du Laboratoire des Amérique dans le monde, à Bordeaux : « Ravalomanana et Rajoelina ont mené une campagne électorale extrêmement dispendieuse, à coups de déplacement en hélicoptères, de concerts et de distributions de tee-shirts, illustration de la coupure totale entre le peuple et les élites à Madagascar. On a assisté à une caricature de processus démocratique. Les programmes sont vides, chacun a promis d’éradiquer la pauvreté et la corruption… »

On attend toujours les résultats deux jours après le début du vote. Il semblerait pour l’instant qu’un second tour soit nécessaire, un gage de stabilité pour le pays selon Christian Bouquet : « ce serait un scénario favorable à la stabilité. Il exige un ralliement des petits candidats, qui conférerait une certaine légitimité au vainqueur ».

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