forêts, réchauffement, gardons espoir

Forêts françaises et réchauffement climatique : des raisons d’espérer

Energie Environnement

Si le réchauffement climatique constitue une menace pour nos forêts, la mobilisation des acteurs de la sylviculture française constitue un motif d’espoir. 

Peu médiatisé, le XXe Congrès de l’Union européenne des forestiers (UEF) qui s’est déroulé du 30 septembre au 2 octobre dernier, a pourtant été l’occasion pour les forestiers européens de tenter d’alerter le grand public sur les conséquences du changement climatique. Selon eux, « les forêts sont en train de mourir, les écosystèmes forestiers changent rapidement, les espèces envahissantes se répandent et le modèle économique de la gestion durable des forêts et de la fourniture de services écosystémiques est en train de changer de manière fondamentale ». 

Le changement climatique, un fléau pour les forêts européennes et françaises

Canicules, tensions sociales dues aux migrations, extinction de masse, aridification des sols, montée des eaux, etc. Le changement climatique représente un fléau mondial auquel n’échappent évidemment pas les forêts européennes et françaises.

L’augmentation des températures accentue le risque d’incendie et la croissance des espèces envahissantes venues du Sud tout en fragilisant certaines essences d’arbres qui meurent peu à peu — ces dernières n’étant plus adaptées au climat du territoire sur lequel elles ont poussé. Ainsi, à travers le monde, un tiers des espèces d’arbres pourraient disparaître selon l’Union internationale pour la conservation de la nature. 

Le réchauffement climatique favorise également la prolifération de nuisibles, par exemple en France avec les chenilles processionnaires ou le scolyte, ce coléoptère qui s’attaque aux forêts en creusant des galeries dans le cambium (une fine couche sous l’écorce) pour y déposer ses œufs. Ainsi, en 2018, on a comptabilisé jusqu’à 33 000 larves par mètre cube de bois dans certaines parcelles en Lorraine, du jamais-vu. En 8 à 10 semaines, un peuplement entier peut être détruit par ces insectes.

En conséquence, partout où les épidémies, la sécheresse et les dépérissements frappent, les propriétaires forestiers sont contraints d’effectuer des coupes pour limiter les dégâts. Mal comprises, ces dernières sont pourtant essentielles à la résilience de nos forêts : c’est, dans de nombreux cas, tout autant l’occasion d’endiguer un risque que de replanter des essences plus adaptées au changement climatique afin de maintenir la biodiversité et la surface forestière.

Une mobilisation tous azimuts synonyme d’espoir pour la forêt française 

Si la situation est alarmante en Europe et dans le monde, la France tire son épingle du jeu depuis quelques années, grâce à une gestion forestière exemplaire : « En 1908, la forêt française couvrait 19 % du territoire avec près de 10 millions d’hectares. Elle en couvre désormais 31 % avec 16,9 millions d’hectares » précisait à ce propos l’Institut national de l’information géographique et forestière, en 2020. Selon son dernier inventaire, on dénombre, à l’heure actuelle, pas moins de 136 essences différentes en Métropole.

Pour autant, la filière ne compte pas se reposer sur ses lauriers : la forêt française est en bonne santé et les forestiers désirent capitaliser dessus afin de lui permettre de s’adapter et de continuer de se développer. À ce titre, un récent reportage d’Yves Entenich, diffusé fin novembre sur France Télévisions, témoigne du mouvement de fond qui anime depuis quelque temps tous les acteurs du secteur, « des professionnels de toute la filière bois, des agents de l’ONF (Office national des forêts), aux constructeurs immobiliers ». 

Intitulé « L’espoir des forêts », le reportage met en lumière les initiatives de l’ensemble de la chaîne de valeur du bois afin de valoriser la forêt. Le réalisateur nous apprend notamment que l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’alimentation et l’Environnement ​​), sollicité par le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation au mois d’octobre 2019 mène, depuis le début de l’année, des expériences en forêt dans des conditions réelles. Les chercheurs souhaitent déterminer les capacités de résistance des différentes essences françaises afin de sélectionner les plus à même de surmonter les futurs aléas climatiques pour maintenir la biodiversité. Et ce ne sont pas les seuls à chercher : de l’ONF aux sociétés de construction en passant par les écoles comme l’ENSTIB, toute la filière s’active dans cette direction.

Côté ONF, on promeut la « forêt mosaïque » pour faire face au réchauffement climatique avec pour objectif de « renforcer la diversification des essences, par des expérimentations menées dans des îlots d’avenir, et varier les modes de sylviculture ». 

Chez les coopératives forestières, gestionnaires des forêts privées (NB : 75% de la forêt métropolitaine appartiennent à des propriétaires privés) et premiers reboiseurs en France, les essais de nouvelles techniques et de plantation d’essences d’arbres plus résistantes aux extrêmes climatiques se multiplient depuis déjà plus de 10 ans. « Des essences du sud sont mises en terre plus au nord et nous améliorons nos diagnostics et itinéraires techniques de plantation avec nos services R&D. C’est un enjeu considérable pour les forêts de demain »  souligne l’UCFF, qui regroupe les coopératives forestières françaises sur l’ensemble du territoire métropolitain. 

Quant aux industriels du secteur, ils se préparent à la petite révolution que devrait engendrer la nouvelle réglementation environnementale (RE 2020), cette dernière faisant la part belle au bois sur le segment de la construction de logements neufs.

Si, à la suite de cette évolution normative, la consommation de bois devrait augmenter, la loi française, qui contraint les propriétaires forestiers à systématiquement replanter après une coupe, permettra de préserver le patrimoine forestier. C’est également l’opportunité idéale afin de favoriser les essences les plus résistantes et d’accélérer davantage l’adaptation de la forêt française au changement climatique.

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