Oleodigit : le pari du jumeau numérique pour transformer l’industrie agroalimentaire

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L’agroalimentaire, secteur réputé pour son ancrage dans des savoir-faire traditionnels, entre progressivement dans l’ère digitale. Avec le projet Oleodigit, l’Iterg – centre technique de la filière oléoprotéagineuse – entend démontrer le potentiel du jumeau numérique pour révolutionner la production d’huile. Une initiative ambitieuse qui pourrait, à terme, redéfinir les standards de qualité et d’efficacité dans une industrie encore peu numérisée.

Comprendre et modéliser la trituration des graines

Au cœur du projet se trouve une étape clé : la trituration des graines, qui permet d’extraire l’huile. Ce processus met en jeu des phénomènes physico-chimiques complexes, mais encore peu modélisés. « Les procédés ont été optimisés au fil du temps, mais sans réelle capitalisation sur les données », explique Boris Bizet, chef de projet chez Iterg.

L’objectif d’Oleodigit est donc de créer un jumeau numérique capable de représenter ces opérations en temps réel. Alimenté par des flux continus de données, il permettrait de contrôler la production, de prédire certains comportements et de guider les décisions industrielles. Pour mener à bien ce programme lancé début 2024, Iterg collabore avec Terres Inovia, ainsi qu’avec l’IMS, un laboratoire du CNRS, de l’université et de l’Institut Polytechnique de Bordeaux.

Un secteur encore en retard dans la digitalisation

Si l’industrie automobile ou l’aéronautique expérimentent déjà depuis plusieurs années les jumeaux numériques, l’agroalimentaire avance plus timidement. « En Bretagne, où le secteur est pourtant très développé, nous sommes peu sollicités par les entreprises », constate Nathalie Julien, enseignante-chercheuse à l’université Bretagne-Sud et spécialiste du sujet.

Pourtant, les usages sont multiples. Dans une définition accessible, la chercheuse décrit le jumeau numérique comme « la représentation virtuelle dynamique d’un produit, d’un équipement ou d’un process », capable non seulement de contrôler mais aussi de prédire et d’orienter les choix de production.

Un industriel breton de la pâtisserie avait tenté l’expérience pour anticiper l’apparition de champignons sur ses gâteaux. Mais le projet a échoué, faute de données en continu : malgré le soutien de la direction, les équipes de production ont continué à privilégier des relevés ponctuels. Une illustration des obstacles culturels qui freinent encore l’adoption.

Des projets pilotes pour acculturer les entreprises

Pour éviter les approches trop technocentrées, Nathalie Julien et son équipe privilégient une démarche progressive, associant ergonomes et utilisateurs finaux. Le projet Terra, financé par la région Bretagne, en est une bonne illustration. Destiné aux petites fromageries bio, il vise à améliorer la traçabilité et la sécurité sanitaire. Une première version permet déjà de suivre la production, tandis qu’une seconde intégrera un jumeau de contrôle capable d’alerter en cas de risque de contamination.

Avec Oleodigit, l’ambition est encore plus large : concevoir une véritable « huilerie du futur ». Sur une durée de cinq ans, les résultats attendus concernent aussi bien le développement de capteurs innovants que de nouveaux modèles de production. À la clé, des gains espérés en qualité, en rendement et en performance environnementale.

Mais la réussite passera aussi par un facteur humain : « Nous ne parlons pas le même langage », admet Boris Bizet, évoquant la nécessité d’un dialogue constant entre chercheurs, ingénieurs et industriels.

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