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Faute de budget, l’État envisage un TGV Bordeaux–Toulouse financé par le privé

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Sous la pression de finances publiques de plus en plus contraintes, l’exécutif étudie désormais l’hypothèse d’un financement privé pour la future ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. Une option défendue à Ministère de l’Économie et des Finances, mais qui suscite une franche opposition des élus locaux et des syndicats.

Le gouvernement a ouvert un dossier hautement sensible. Selon des informations révélées par BFM TV, l’exécutif explore désormais la possibilité de confier une partie du financement de la future ligne à grande vitesse du Sud-Ouest à des investisseurs privés.

En cause : des marges budgétaires jugées insuffisantes pour tenir les engagements initiaux de l’État. Le ministère des Transports travaillerait ainsi sur un montage associant capitaux publics et privés, alors que l’État s’était engagé, au lancement du projet, à assurer 40 % de son financement, soit environ 14,3 milliards d’euros.

La future infrastructure doit relier Bordeaux, Toulouse et Dax sur un tracé d’environ 327 kilomètres. Elle doit permettre un gain de près d’une heure sur les trajets vers Paris et constitue l’un des projets ferroviaires les plus structurants du Sud-Ouest.

Le calendrier officiel reste, pour l’instant, inchangé : une mise en service est toujours évoquée à l’horizon 2032. Mais dans les territoires, l’annonce d’un possible désengagement partiel de l’État provoque une vive inquiétude, d’autant plus que les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie ont déjà engagé les premiers travaux préparatoires.

Un montage public-privé qui fait débat

Pour l’exécutif, le recours à un partenariat public-privé présenterait plusieurs avantages : sécuriser rapidement des financements, tenir les délais de construction et limiter l’impact du projet sur la dette publique.

Ce type de montage n’est pas inédit dans le secteur ferroviaire. L’État s’est déjà appuyé sur ce modèle pour la ligne à grande vitesse Tours–Bordeaux, réalisée et exploitée par LISEA, sous l’impulsion du groupe Vinci.

À l’époque, le partenariat public-privé avait été présenté comme un moyen d’accélérer la réalisation de l’infrastructure et de transférer une partie des risques au concessionnaire. Mais ce précédent est aujourd’hui au cœur des critiques formulées contre un éventuel schéma similaire pour la ligne Bordeaux–Toulouse.

Les opposants redoutent en effet que ce mode de financement se traduise par des péages plus élevés facturés aux opérateurs ferroviaires, et, in fine, par une hausse du prix des billets pour les voyageurs.

Un risque de hausse des tarifs dénoncé par les élus

Du côté des collectivités, l’alerte est clairement lancée. La Société du Grand Projet du Sud-Ouest estime qu’un financement majoritairement public, étalé sur plusieurs décennies, serait plus soutenable financièrement.

Selon ses calculs, un schéma reposant sur des financements publics sur quarante ans coûterait, au total, 7,3 milliards d’euros de moins qu’un partenariat public-privé. Un écart qui alimente une forte opposition locale à la solution défendue par l’État.

Pour Carole Delga, présidente de la région Occitanie, le recours massif au privé constituerait l’option « la moins économique et la moins soutenable » pour les finances publiques comme pour les usagers.

Les élus craignent également un affaiblissement du pilotage public d’un projet jugé stratégique pour l’aménagement du territoire et pour l’attractivité économique de l’ensemble du Sud-Ouest.

Les syndicats de la SNCF vent debout contre une « privatisation »

La perspective d’un financement privé suscite aussi une vive opposition syndicale au sein de SNCF. Les représentants du personnel dénoncent une logique de privatisation progressive du réseau ferroviaire et alertent, eux aussi, sur le risque d’une augmentation durable des tarifs.

Pour les syndicats, confier la construction et l’exploitation de la ligne à un concessionnaire revient à faire peser sur les voyageurs le coût d’un montage financier jugé plus cher à long terme que le financement public classique.

De son côté, LISEA réfute ces critiques. L’entreprise rappelle que, comme pour la ligne Tours–Bordeaux, l’infrastructure reste une propriété publique et qu’à l’issue de la concession, la ligne revient à SNCF Réseau.

Un arbitrage politique encore très incertain

À ce stade, aucune décision définitive n’a été arrêtée par le gouvernement. Le scénario d’un financement mixte reste à l’étude et doit encore faire l’objet d’arbitrages interministériels.

Mais l’ouverture même de cette piste marque un tournant dans la stratégie de l’État pour ce grand projet ferroviaire. Alors que les collectivités territoriales ont déjà engagé leur part de financement et que les travaux préparatoires sont lancés, un changement de modèle économique pourrait fragiliser l’équilibre global du projet.

Entre impératifs budgétaires nationaux et attentes fortes des territoires, le futur TGV Bordeaux–Toulouse se retrouve ainsi au cœur d’un bras de fer politique et financier, dont l’issue conditionnera autant le calendrier que le coût final pour les contribuables et les usagers.

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