Palettes en bois : « Nous sommes un acteur clé de la résilience logistique française », Christophe BENETON, Président de Selva Group

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  1. Quels sont aujourd’hui les leviers principaux de l’économie circulaire dans le secteur de la palette, et comment Selva Group s’en empare concrètement ?

L’économie circulaire de la palette repose sur trois piliers essentiels : l’utilisation d’une matière première renouvelable (le bois), le réemploi des produits, et enfin le recyclage de la matière première des palettes en fin de vie.

Ces pratiques, qui sont historiques dans notre métier, prennent aujourd’hui un sens nouveau face aux enjeux climatiques et aux attentes des consommateurs. Chez Selva Group, nous avons structuré l’ensemble de notre activité autour de ces principes : nous collectons, reconditionnons et valorisons les palettes en fin de vie. Notre force, c’est d’avoir intégré l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’approvisionnement en bois jusqu’à la production de palettes neuves, en passant par la réparation, le recyclage et même la transformation en pellets. Nous n’avons rien inventé, nous avons simplement rassemblé les maillons de notre filière sous un même toit.

Nous portons également une attention particulière à l’éco-conception de nos produits, pour qu’ils soient pensés dès le départ pour être réparables et reconditionnables. Enfin, notre modèle repose sur un ancrage territorial fort : les emplois que nous créons ne sont ni automatisables ni délocalisables, ce qui fait de l’emballage bois un secteur socialement robuste. Il représente en France 12 000 ETP, selon les chiffres de la FNB.

  1. Quelles sont les pratiques de recyclage ou de réemploi que vous avez mises en place ? Et comment ces pratiques influencent-elles votre modèle industriel et économique ?

Nous avons mis en place deux systèmes structurants qui sont au cœur de notre modèle :

D’abord, un réseau de sites de collecte, de tri et de réparation des palettes usagées. Celles qui sont en bon état sont revendues, les autres sont réparées puis remises sur le marché.

Ensuite, pour celles qui sont trop endommagées, nous avons un processus de recyclage matière. Elles sont broyées puis transformées en pellets ou, sur certains de nos sites, en biomasse pour alimenter nos propres chaudières connectées à nos fours de séchage et traitement de palettes.

Ce modèle nous permet d’allier efficacité économique et performance environnementale. Une palette, en moyenne, est réutilisée quatre fois par an et peut avoir une durée de vie de huit ans. Cela signifie qu’elle fait jusqu’à 30 allers-retours entre les lieux de collecte, de tri, de réparation et d’utilisation. C’est une logistique circulaire exemplaire, que peu d’industries peuvent revendiquer.

  1. La palette est parfois perçue comme un objet jetable ou peu valorisé. Comment changez-vous cette image ?

Il est vrai que la palette souffre encore de l’image d’un produit jetable, peu noble. Pourtant, elle est essentielle à notre quotidien. L’épisode du Covid a été révélateur : au tout début du confinement, un transporteur a été bloqué à la frontière, car on considérait que l’acheminement de palettes n’était pas une activité prioritaire… alors que cet acheminement était destiné à un distributeur de gels hydroalcooliques. C’est à ce moment-là que l’on a pris conscience que la palette est un maillon logistique vital, notamment pour les biens de première nécessité.

Aujourd’hui, la palette bois transporte plus de 90 % des biens de consommation dans le monde. Chez Selva Group, nous reconditionnons 23 millions de palettes par an, avec un taux de réemploi de 95 %. À l’échelle nationale, ce sont plus de 100 millions de palettes qui sont réemployées chaque année (taux de réemploi national 77% – source ADEME, FNB). Nous sommes donc en avance sur la législation européenne, qui impose un objectif de 70 % de réemploi des emballages industriels à horizon 2040.

  1. Quels sont, selon vous, les freins actuels à un déploiement plus large de l’économie circulaire dans la filière bois ?

 Malgré nos efforts, des freins subsistent, notamment :

  • Une logistique de collecte encore trop morcelée sur le territoire national. Il faut densifier ce maillage pour éviter les distances de transport trop importantes.
  • Un manque de reconnaissance politique du rôle central de la palette. Par exemple, la loi AGEC prévoit une éco-contribution sur les emballages, censée faire payer le pollueur. Or, nous devons lutter pour exempter la palette bois, qui est déjà reemployer à plus de 75 % dans notre filière, en avance de 15 ans sur les directives européennes !
  • Une distribution inégale des aides publiques, souvent orientées vers les secteurs très carbonés. Nous, parce que nous sommes en avance, nous ne sommes pas considérés comme prioritaires — ce qui est un non-sens.
  • Enfin, la ressource elle-même pose question. Le bois est renouvelable, mais nous plantons deux fois moins qu’en Allemagne. Il faut renforcer la plantation aujourd’hui si nous voulons avoir du bois demain. Ce n’est pas une demande d’aides supplémentaires, mais une demande de non-frein. En parallèle, un projet d’étude mené par la FNB est en cours pour identifier les essences résilientes qui pourraient se substituer à nos approvisionnements actuels face au changement climatique.
  1. En quoi cette approche circulaire s’inscrit-elle dans les grands enjeux environnementaux et sociétaux actuels ?

Nous répondons totalement aux grands enjeux contemporains. L’économie circulaire de la palette contribue à :

  • La réduction des déchets, en maximisant le réemploi et la transformation.
  • La sobriété matière, en optimisant chaque gramme de bois utilisé.
  • La réduction de l’empreinte carbone, puisque la palette, en bois, capte du CO₂. Et comme elle est réemployée ou transformée, ce captage est prolongé dans le temps.

 

La palette est un levier de souveraineté industrielle. On en parle beaucoup, mais on oublie souvent que toutes les filières industrielles ont besoin de palettes pour fonctionner. Sans elles, pas de transport de masques, de médicaments ou de biens alimentaires. Notre modèle est déjà structuré, opérationnel, local, non délocalisable. Nous sommes un acteur clé de la résilience logistique française.

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