l’été

« Passer l’été » : la poésie traduit la souffrance du vivant

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La canicule de 2022, la plus chaude jamais enregistrée en Europe, a laissé derrière elle des paysages asséchés, des animaux en détresse et des écosystèmes fragilisés. Irène Gayraud, autrice, traductrice et maîtresse de conférences à Sorbonne Université spécialisée en écopoétique, a choisi de documenter cet été extrême à travers la poésie dans son recueil Passer l’été, paru en 2024 aux éditions de La Contre allée. Composé de vers libres, le livre rend visibles les souffrances des êtres vivants et l’impact des crises climatiques sur le monde naturel.

Irène Gayraud est autrice, traductrice et maîtresse de conférences à Sorbonne Université, spécialisée en écopoétique. Passer l’été, paru en 2024 aux éditions de La Contre allée, est un recueil en vers libres qui décrit l’été caniculaire de 2022. Retour sur l’interview qu’elle a donné à Reporterre.

Une sécheresse qui transforme le paysage

L’été 2022 s’est installé de manière précoce et persistante, de juin à septembre, provoquant un stress extrême sur les écosystèmes. Dans l’Essonne, puis dans l’Aveyron, la végétation et les cours d’eau ont été gravement touchés. Les arbres avaient perdu leurs feuilles ou les avaient roussies, les ruisseaux s’étaient asséchés, et les fontaines de villages étaient silencieuses, faute d’eau. Ce « silence de sécheresse » illustre l’impact direct de la chaleur sur la vie animale et végétale.

Les souffrances du vivant au premier plan

Dans Passer l’été, Irène Gayraud met en lumière la détresse des animaux et des plantes, souvent invisibilisée. Les sangliers et les chevreuils s’aventuraient dans les zones habitées à la tombée de la nuit pour trouver de l’eau, tandis que de nombreux arbres et plantes mouraient sous l’effet de la sécheresse. Les humains, bien que touchés, disposaient encore de ressources pour s’adapter, ce qui accentue le contraste avec la vulnérabilité du reste du vivant. Les poèmes du recueil traduisent cette souffrance de manière sensorielle, faisant ressentir la sécheresse, le silence et la chaleur écrasante.

Les limites du regard médiatique

Les grands médias se concentrent généralement sur l’impact humain des canicules et des incendies. Les forêts sont souvent réduites à des « bois partis en fumée », sans reconnaissance de leur rôle d’habitats pour des écosystèmes pluricentenaires. La poésie d’Irène Gayraud propose une lecture alternative, centrée sur le vivant dans sa globalité, et questionne notre rôle face à une nature qui devient parfois difficilement maîtrisable.

Une bascule écologique perceptible

L’été 2022 a illustré une véritable bascule vers un autre monde. Les restrictions d’eau ont créé des tensions sociales et des conflits autour de l’accès à la ressource. Des actes de vandalisme, comme la destruction de jacuzzis, ont été signalés, reflétant une écologie politique confrontée aux inégalités sociales. Le recueil met en lumière cette situation préapocalyptique : la disparition des sons et des habitants du paysage, et la transformation du langage pour exprimer l’accablement, la pénurie et la fatigue.

La poésie comme mémoire et mobilisation

Avec Passer l’été, Irène Gayraud entend fixer dans le temps long de la littérature ce moment critique, afin qu’il ne soit pas effacé par l’actualité immédiate. La poésie permet de transmettre les émotions et sensations vécues, contrairement aux chiffres et statistiques souvent utilisés par les médias, qui restent abstraits et déconnectés du vécu. Selon l’autrice, reconnecter les lecteurs à ces émotions est essentiel pour favoriser l’engagement citoyen et la prise de conscience écologique.

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