Face à l’explosion de la fast fashion et à la saturation des circuits de recyclage, la France engage une refonte de la filière de responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les textiles, linge de maison et chaussures.
Une réforme attendue dans un secteur sous tension
La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé l’ouverture cette semaine d’un cycle de concertation sur la transformation de la REP textile. L’objectif est clair : adapter la filière à un double défi environnemental et économique. En France, près de 715 000 tonnes de textiles, linge de maison et chaussures (TLC) sont mises sur le marché chaque année. Moins de 35 % sont collectées, et à peine 10 % sont réellement recyclées en France.
Le modèle actuel de la REP, qui impose aux metteurs en marché de financer la gestion des déchets générés par leurs produits, montre aujourd’hui ses limites. L’essor de la fast fashion, avec des vêtements produits à bas coût et à rotation rapide, alimente un flux constant de produits difficilement valorisables. Parallèlement, les débouchés traditionnels à l’export, notamment en Afrique, se réduisent : de nombreux pays restreignent l’importation de vêtements usagés pour protéger leurs industries locales.
Un système saturé, des opérateurs en difficulté
Les associations et entreprises chargées de la collecte et du tri sonnent l’alarme. « On croule sous des montagnes de vêtements de mauvaise qualité », confie Alain Derennes, directeur d’un centre de tri dans la région lyonnaise. « La plupart des pièces ne peuvent ni être revendues, ni transformées en chiffons, ni recyclées en fibres. Elles finissent en décharge ou en incinération. » Une réalité qui contredit les ambitions écologiques de la filière.
L’éco-organisme Refashion, en charge de la REP textile, est également critiqué pour le manque de transparence sur l’utilisation des éco-contributions et l’insuffisance de son soutien aux solutions innovantes. Les professionnels réclament une refonte du cahier des charges, avec davantage de financement pour le recyclage textile mécanique ou chimique, encore peu développé en France.
Réduire, trier, transformer : les pistes évoquées
Parmi les propositions en cours de discussion figurent l’augmentation des objectifs de collecte, le soutien à des infrastructures de tri modernisées, et une refonte des critères d’éco-conception. L’idée est d’inciter les marques à concevoir des vêtements plus durables, démontables et recyclables. Une piste qui rejoint les attentes d’une partie de l’industrie. « On est prêts à revoir nos chaînes de production, mais il faut que l’État nous aide à créer un modèle économiquement viable », explique Sophie Bouilloux, responsable RSE chez un distributeur textile français.
Certains acteurs expérimentent déjà des solutions. À Laval, un projet pilote de micro-usine de recyclage de fibres textiles a vu le jour en 2024. « On transforme les jeans usagés en fils pour l’ameublement », détaille le coordinateur du projet, Éric Moreau. « C’est encore artisanal, mais les résultats sont prometteurs. »
Une dynamique européenne à ne pas rater
La réforme de la REP s’inscrit aussi dans un cadre européen. La Commission européenne prévoit d’introduire une obligation de tri à la source des textiles dans tous les États membres d’ici 2025. La France veut anticiper cette échéance pour structurer une filière plus autonome, capable de traiter ses déchets sans dépendre des exutoires étrangers.
La transformation de la REP textile constitue une étape clé pour adapter la filière aux enjeux actuels de durabilité, de souveraineté industrielle et de transition écologique. Mais le succès de cette mutation dépendra d’un engagement collectif : celui de l’État, des industriels, des collectivités et des consommateurs. Une équation complexe, mais désormais incontournable.
