Tabac : Marine Le Pen veut « stopper l’escalade fiscale » et renforcer la lutte contre les trafics

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À la veille d’une mobilisation nationale des buralistes, Marine Le Pen propose de geler les taxes sur le tabac et de désindexer les prix de l’inflation. La candidate du Rassemblement national estime que la hausse continue du prix des cigarettes atteint ses limites et entend concentrer davantage les efforts sur les trafics et le marché parallèle.

Jusqu’où faut-il augmenter le prix du tabac pour faire reculer la consommation ? Alors que la France a fait de la fiscalité l’un des principaux instruments de sa politique antitabac, Marine Le Pen entend mettre un terme à la hausse régulière des taxes pesant sur les cigarettes.

Dans une lettre ouverte adressée aux buralistes à la veille d’une mobilisation nationale de la profession, la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle promet de « stopper l’escalade fiscale » et plaide pour un changement de stratégie.

« L’augmentation permanente du prix du tabac ne peut tenir lieu, à elle seule, de politique publique », affirme-t-elle. Et la candidate d’extrême-droite de proposer deux mesures : « le gel des taxes sur le tabac et la désindexation du prix sur l’inflation ».

Selon elle, le renchérissement des cigarettes vendues dans le réseau légal a contribué à détourner une partie des consommateurs vers les achats transfrontaliers et les circuits illicites. Un phénomène qui affecte directement les buralistes, mais aussi les recettes fiscales de l’État.

Une mobilisation des buralistes

Cette prise de position intervient alors que la Confédération des buralistes appelle à une « mobilisation nationale » pour « défendre nos commerces de proximité et nos territoires ».

Marine Le Pen juge ce mouvement « totalement légitime » et reprend plusieurs revendications portées par la profession. Elle promet de « protéger ceux qui travaillent légalement, combattre réellement ceux qui organisent les trafics » et de « redonner de la visibilité » aux buralistes, dont elle souligne le rôle dans la vie économique et sociale, notamment dans les petites communes.

La candidate du RN entend surtout renforcer la répression contre le commerce illicite. Elle propose d’« alourdir fortement les sanctions contre les trafiquants et la vente à la sauvette » et d’étendre les prérogatives des policiers municipaux afin qu’ils puissent notamment participer aux saisies de produits illicites.

L’objectif affiché est de rééquilibrer la politique publique : moins compter sur les seules augmentations de prix pour réduire la consommation et consacrer davantage de moyens à la lutte contre les réseaux qui échappent à la fiscalité française.

Un manque à gagner fiscal estimé à 4,3 milliards d’euros

L’ampleur du marché parallèle est devenue un enjeu économique autant que sanitaire. Selon une étude des douanes publiée en octobre 2025, le tabac consommé en France métropolitaine mais échappant à la fiscalité nationale aurait représenté, en 2023, un manque à gagner fiscal moyen de 4,3 milliards d’euros.

Le chiffre recouvre toutefois des réalités différentes : achats réalisés légalement à l’étranger, contrebande, contrefaçon ou autres formes d’approvisionnement hors du réseau français.

L’enjeu est d’autant plus important pour les finances publiques que les taxes constituent la majeure partie du prix d’un paquet vendu en France. Un rapport du Sénat publié en mai 2024 relevait ainsi que, sur un paquet de 20 cigarettes « premium » vendu 12,50 euros, 10,50 euros revenaient à l’État sous forme d’accises et de TVA. Sur les deux euros restants, environ un euro revenait au buraliste et un euro au fabricant.

Cette fiscalité élevée répond à un objectif de santé publique : rendre le tabac moins accessible afin d’en réduire la consommation. Mais son efficacité est régulièrement discutée lorsque les hausses de prix s’accompagnent d’un report des achats vers d’autres circuits.

Le débat sur les limites de la fiscalité

C’est précisément sur ce point que Marine Le Pen rejoint les positions défendues depuis plusieurs années par la Confédération des buralistes. Celle-ci réclame un moratoire sur la fiscalité du tabac et considère que la hausse régulière du prix du paquet favorise désormais davantage les achats transfrontaliers, la contrebande et la contrefaçon.

Pour les quelque milliers de commerces concernés, la question est aussi celle de leur modèle économique. Les buralistes assurent que le développement du marché parallèle fragilise un réseau déjà engagé dans une diversification de ses activités, particulièrement dans les zones rurales et les petites villes.

La profession souhaite également occuper une place plus importante dans la distribution d’alternatives à la cigarette traditionnelle, notamment les produits de vapotage. Elle défend ces derniers au nom de la réduction des risques et comme un moyen d’accompagner les fumeurs adultes souhaitant diminuer ou arrêter leur consommation.

La proposition de Marine Le Pen ouvre ainsi un débat plus large sur l’équilibre de la politique française contre le tabagisme : maintenir la pression fiscale, dont l’effet dissuasif est au cœur des politiques de santé publique, ou considérer qu’au-delà d’un certain niveau de prix, de nouvelles hausses risquent surtout d’accroître l’écart entre le marché légal français et les circuits alternatifs.

En proposant un gel des taxes, la candidate du RN choisit clairement la seconde lecture. Reste à déterminer si cette inflexion permettrait effectivement de réduire le marché parallèle sans ralentir, dans le même temps, la baisse de la consommation de tabac.

 

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