En 2025, à l’heure des démarches administratives en ligne, des rendez-vous médicaux dématérialisés et des services bancaires accessibles en quelques clics, une partie de la population française demeure en marge. Selon une enquête récente de l’Insee, 7 % des 16-74 ans sont en situation d’« illectronisme », c’est-à-dire d’illettrisme numérique. Une proportion en baisse par rapport à 2021 (10 %), mais qui révèle des fractures persistantes, notamment chez les seniors et les moins diplômés.
Une fracture générationnelle marquée
L’âge reste le facteur le plus déterminant. Chez les 60-74 ans, 17 % sont concernés par l’illectronisme, contre seulement 2 % chez les moins de 45 ans. La transition numérique, accélérée ces dernières années, n’a donc pas bénéficié de manière homogène à toutes les générations.
Pour une partie des seniors, l’usage d’internet ne va pas de soi. L’accès aux services essentiels – consultation de comptes bancaires, prise de rendez-vous médicaux, démarches administratives – suppose des compétences techniques et une familiarité avec les outils numériques qui ne sont pas toujours acquises.
La fracture ne s’explique pas uniquement par l’âge, mais aussi par le niveau de formation.
Le poids du diplôme
Le niveau de diplôme influe fortement sur la maîtrise du numérique. Parmi les 60-74 ans titulaires au plus d’un CAP-BEP, 15 % sont en situation d’illectronisme, contre 2 % chez ceux disposant d’un bac+3 ou plus. Le constat est similaire chez les plus jeunes, même si l’écart est moins prononcé : 3 % des moins de 45 ans peu diplômés sont concernés, contre moins de 1 % parmi les diplômés du supérieur.
Ces données mettent en évidence un cumul des vulnérabilités : âge avancé et faible niveau de qualification accroissent nettement le risque d’exclusion numérique.
À noter également une légère différence selon le sexe : 6 % des femmes sont en situation d’illectronisme, contre 7 % des hommes.
Des compétences numériques quasi inexistantes
L’illectronisme ne se limite pas à l’absence d’équipement. Il englobe aussi les personnes utilisant internet sans disposer des compétences de base. Or, parmi les individus concernés, les lacunes sont massives.
Selon l’Insee, 83 % d’entre eux ne maîtrisent aucune compétence en matière de communication numérique, comme envoyer ou recevoir un mail. 97 % ne savent pas rechercher des informations en ligne. 98 % ne disposent d’aucune capacité de résolution de problèmes numériques, par exemple accéder à un compte bancaire via internet.
Les résultats sont encore plus frappants en matière de protection des données et d’usage de logiciels : 100 % des personnes en situation d’illectronisme déclarent ne posséder aucune compétence pour refuser des cookies, limiter l’accès à leur géolocalisation ou utiliser un traitement de texte ou un tableur.
Dans un environnement où la protection de la vie privée et la gestion des données personnelles sont devenues centrales, cette absence totale de maîtrise constitue un enjeu majeur.
Une France légèrement en dessous de la moyenne européenne
À l’échelle européenne, la situation française apparaît légèrement plus favorable que la moyenne. D’après les données d’Eurostat, 9 % des 16-74 ans dans l’Union européenne sont en situation d’illectronisme, contre 7 % en France.
Les écarts entre pays restent toutefois considérables. L’Irlande, les Pays-Bas et le Danemark affichent les taux les plus faibles, avec moins de 1 % de leur population concernée.
À l’inverse, la Bulgarie présente la proportion la plus élevée, avec 20 % des 16-74 ans en situation d’illectronisme.
Ces écarts illustrent l’importance des politiques publiques en matière d’éducation numérique, d’accès aux infrastructures et d’accompagnement des publics fragiles.
Un enjeu social et démocratique
L’illectronisme dépasse la simple question technique. Il touche à l’accès aux droits, à l’autonomie et à la participation citoyenne. Lorsque les services publics, les banques, les assurances ou même les relations sociales passent majoritairement par le numérique, ne pas maîtriser ces outils revient à se retrouver en situation d’exclusion partielle.
Si la proportion de Français concernés recule progressivement, les 7 % encore à l’écart représentent plusieurs millions de personnes. La réduction de cette fracture suppose non seulement des équipements accessibles, mais aussi des dispositifs de formation adaptés, notamment pour les seniors et les publics peu diplômés.
À mesure que la société se digitalise, l’inclusion numérique devient un impératif social. Derrière les statistiques, c’est la capacité de chacun à participer pleinement à la vie économique et citoyenne qui se joue.
