Une étude récente de l’Apec révèle que la majorité des étudiants ayant un diplôme de niveau bac + 3 se projettent de manière pessimiste dans leur avenir professionnel. Les termes employés par les étudiants pour décrire le monde du travail sont partagés, oscillant entre des descriptions telles que « exigeant, compétitif, stressant » et des visions plus positives comme « stimulant, innovant et coopératif ». Ce constat illustre le tiraillement ressenti par ces jeunes face à l’entrée sur le marché du travail, entre des craintes qui peuvent sembler excessives et l’espoir légitime de s’y faire une place.
Selon l’étude, 88 % des participants perçoivent le monde du travail comme « particulièrement exigeant », tandis que 70 % le considèrent comme autoritaire et procédural. Une majorité d’entre eux, 85 %, évoquent une culture de la performance qui peut être pesante dans un environnement jugé compétitif, et 57 % vont jusqu’à le qualifier d’« impitoyable ». Ces représentations préoccupantes touchent tous les domaines d’études, y compris les universités et les écoles de commerce. De plus, 37 % des sondés s’inquiètent de la possibilité d’être sous-payés lors de leur première expérience professionnelle.
Lucille, étudiante en design à Nantes, souligne la pression que ressentent les jeunes, amplifiée par les nouvelles négatives concernant l’économie et les discours de certains enseignants, ainsi que les inquiétudes exprimées par les parents. Cette combinaison d’éléments peut créer un désir d’évasion face à l’idée de devoir bientôt entrer sur le marché du travail.
Cependant, ces anticipations pessimistes contrastent avec la réalité des jeunes diplômés. Le Baromètre 2023 d’insertion des jeunes diplômés de l’Apec montre qu’environ 70 % d’entre eux trouvent un CDI dans les douze mois suivant l’obtention de leur diplôme, avec une rémunération médiane de 32 000 euros. Malgré cela, 48 % des étudiants estiment qu’il leur sera difficile de trouver un emploi après leurs études, et 55 % craignent de peiner à obtenir un CDI.
Au-delà de la recherche d’un emploi, les jeunes expriment des préoccupations concernant leur capacité à trouver un poste qui réponde à leurs attentes. Deux tiers pensent que cela sera un défi, et leurs principaux critères incluent la rémunération, la flexibilité organisationnelle, et un bon équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Les étudiants ont également une image négative des entreprises. Une étude menée par Terra Nova et l’Apec révèle que 50 % des étudiants estiment que les entreprises ont une mauvaise perception des jeunes, et ce n’est pas sans raison. Les plus de 30 ans les jugent souvent comme moins respectueux de l’autorité, plus individualistes et moins engagés, tout en reconnaissant leur contribution à l’innovation.
Il est également souligné que 51 % des étudiants pensent que les entreprises leur confient des tâches peu intéressantes, 66 % estiment qu’elles ne les rémunèrent pas correctement, et 45 % pensent que leurs efforts ne sont que rarement reconnus.
Une partie de ces perceptions négatives semble découler d’une méconnaissance du monde de l’entreprise. Environ 42 % des étudiants affirment ne pas bien comprendre le fonctionnement global des entreprises, malgré leurs stages ou alternances. Comme le mentionne une étudiante en master, elle se sent perdue face aux discussions de sa famille sur des sujets liés au travail.
Les jeunes expriment également un désir d’être mieux préparés pour entrer sur le marché du travail, notamment en ce qui concerne les salaires attendus pour leur premier poste (59 %), le droit du travail (52 %), et les procédures RH (52 %).
Malgré ces appréhensions, l’étude de l’Apec révèle une vision nuancée des entreprises. Les étudiants voient également le monde professionnel comme stimulant (70 %), innovant (64 %), et coopératif (63 %). En outre, une majorité d’entre eux (52 % des garçons et 60 % des filles) se réjouissent de l’idée d’accéder à une indépendance financière. De nombreux étudiants, 43 %, sont motivés par l’opportunité d’apprendre et de se développer professionnellement, tandis que 40 % expriment leur désir de se sentir utiles en intégrant le monde du travail. Ces chiffres témoignent d’une ambivalence, qui, loin de se résumer à des inquiétudes, met en lumière une méconnaissance du fonctionnement réel des entreprises.
