Alimentation et climat : l’État plaide pour une « limitation » de la viande plutôt qu’une baisse assumée

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Attendue depuis plus de deux ans, la nouvelle feuille de route du gouvernement pour une alimentation plus saine et plus respectueuse du climat a finalement été rendue publique. Au cœur des débats : la place de la viande dans les assiettes des Français. Un mot a cristallisé les tensions entre ministères : « limitation », préféré à « réduction ».

Le gouvernement a présenté, mercredi 11 février, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), un document très attendu destiné à encadrer l’action publique en matière de politiques alimentaires à l’horizon 2030. Publiée conjointement par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, le ministère de la Transition écologique et le ministère de la Santé, cette stratégie entend concilier enjeux sanitaires, environnementaux et agricoles.

Le texte tranche toutefois un débat particulièrement sensible : celui de la consommation de viande. La Snanc n’appelle pas à une « réduction » globale de la viande et de la charcuterie, mais à une « limitation » de leur consommation. Une nuance de vocabulaire qui traduit de profondes divergences internes à l’exécutif et qui a largement retardé la publication du document.

Un compromis politique autour de la viande

Dans la version finale, l’État privilégie une approche présentée comme plus équilibrée. Le document insiste notamment sur la nécessité de « réduire la consommation de viande importée », tout en se gardant d’afficher un objectif chiffré ou une trajectoire explicite de baisse de la consommation globale.

Cette formulation résulte de longues négociations entre ministères. Selon plusieurs sources gouvernementales, le terme de « réduction », initialement envisagé, a été défendu par les équipes en charge de l’écologie. Le ministère de l’Agriculture a, de son côté, poussé pour une expression jugée moins stigmatisante pour la filière d’élevage.

Le mot « limitation » s’est finalement imposé comme terrain d’entente, après plusieurs arbitrages interministériels. Une première version du texte avait même été bloquée à l’automne, les services de Matignon souhaitant substituer à la notion de réduction celle d’une consommation de viande « équilibrée ».

Des recommandations alimentaires plus végétales

Au-delà de la question de la viande, la stratégie trace un cadre plus large d’évolution des régimes alimentaires. Le gouvernement affiche comme objectif un rapprochement progressif avec les repères du Programme national nutrition santé.

Concrètement, la Snanc encourage une hausse de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes. Elle promeut également une consommation jugée suffisante mais modérée de poisson et de produits laitiers, tout en appelant à mieux encadrer la place de la viande et des produits de charcuterie.

L’exécutif assume une évolution progressive des habitudes alimentaires, présentée comme un levier majeur de prévention des maladies chroniques, mais aussi comme un outil de transition écologique.

Une stratégie directement héritée du débat citoyen

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat s’inscrit dans la continuité des travaux de la Convention citoyenne pour le climat, organisée en 2019 et 2020, puis des engagements pris dans la loi Climat et Résilience.

Le texte devait initialement être publié avant l’été 2023. Son calendrier a toutefois été repoussé à plusieurs reprises, en raison de désaccords persistants sur les arbitrages politiques et économiques, notamment autour de la place accordée à l’élevage et à la production nationale.

La Snanc est désormais censée structurer l’ensemble des politiques publiques liées à l’alimentation jusqu’en 2030 : restauration collective, information des consommateurs, soutien aux filières agricoles et accompagnement des changements de comportements.

Un enjeu climatique de premier plan

Si la question de la viande suscite autant de crispations, c’est parce qu’elle se situe au croisement de deux priorités gouvernementales : la santé publique et la lutte contre le changement climatique.

Selon les données rappelées dans la stratégie, l’alimentation représente près d’un quart de l’empreinte carbone des Français. Parmi ces émissions, 61 % sont attribuées aux produits d’origine animale. Les viandes et produits laitiers figurent ainsi parmi les postes les plus émetteurs au sein de l’alimentation.

Pour l’exécutif, la transformation progressive des régimes alimentaires apparaît donc comme un levier indispensable pour atteindre les objectifs climatiques nationaux, au même titre que la rénovation énergétique des bâtiments ou la décarbonation des transports.

Une ligne de crête entre climat et souveraineté alimentaire

En choisissant le terme de « limitation » plutôt que celui de « réduction », le gouvernement cherche à préserver un équilibre délicat. D’un côté, il reconnaît la nécessité de faire évoluer les pratiques alimentaires pour réduire l’impact environnemental du secteur. De l’autre, il entend éviter une remise en cause frontale de la filière viande française, régulièrement mise en avant dans les débats sur la souveraineté alimentaire et l’économie agricole.

La distinction opérée entre la consommation globale et la consommation de viande importée illustre cette ligne de crête. Elle vise à soutenir la production nationale tout en répondant, au moins partiellement, aux objectifs climatiques.

Ce compromis, fruit de deux années de discussions et d’arbitrages, ne devrait toutefois pas clore le débat. Associations environnementales, professionnels de l’agriculture et acteurs de la santé publique scruteront de près la traduction concrète de cette stratégie dans les politiques publiques et dans les prochaines mesures réglementaires.

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