Alors que la transition énergétique semble plus urgente que jamais, le gouvernement français choisit de revoir à la baisse les incitations à l’installation de panneaux solaires. Une décision inattendue qui suscite déjà de nombreuses inquiétudes, tant chez les particuliers que chez les professionnels du photovoltaïque.
Une prime divisée par trois pour les particuliers
C’est une mauvaise surprise pour tous ceux qui envisageaient de passer au solaire en 2025. Le ministère de l’Économie a officialisé une mesure qui risque de freiner l’élan du photovoltaïque en France : la prime à l’installation de panneaux solaires sur les toitures des particuliers sera significativement réduite. Concrètement, pour une installation standard de 3 kilowatts-crête (kWc), le montant de l’aide passera de 660 euros à seulement 240 euros. Pour les installations plus puissantes, comme celles de 9 kWc, la prime chutera de plus de 1 400 euros à environ 710 euros.
Cette baisse intervient malgré un contexte favorable au développement du solaire. Le nombre d’installations a littéralement explosé en moins d’une décennie : de 3 500 nouvelles installations en 2015, la France est passée à 670 000 en 2024, selon les chiffres d’Enedis. Une progression fulgurante, portée par l’engouement croissant des Français pour l’autoconsommation et la volonté de réduire leur dépendance énergétique.
Le tarif de rachat d’électricité également revu à la baisse
Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là. En parallèle de la baisse des aides, EDF prévoit de réduire drastiquement le tarif de rachat du surplus d’électricité produit par les installations photovoltaïques. Ce dispositif, qui permettait aux particuliers de revendre l’électricité qu’ils ne consommaient pas, constituait un levier incitatif majeur pour passer au solaire.
Jusqu’ici fixé à 12,7 centimes par kilowattheure, ce tarif passera désormais à seulement 4 centimes. Une décision qui, selon le ministère de l’Énergie, vise à limiter les dépenses publiques, mais qui pourrait surtout entamer la rentabilité des installations solaires pour de nombreux foyers.
Un secteur en plein essor menacé
Le paradoxe est frappant : cette réduction des aides intervient à un moment où l’énergie solaire connaît un véritable essor en France. Enedis rapporte que la fin de l’année 2024 a marqué le septième trimestre consécutif de hausse record des installations solaires sur le territoire. Actuellement, le photovoltaïque représente 4,3 % de la production nationale d’électricité, ce qui en fait la quatrième source d’énergie du pays, devant les énergies fossiles comme le gaz ou le fioul.
Pour les professionnels du secteur, cette volte-face du gouvernement est difficile à comprendre. Alors que l’on s’attendait à un renforcement des politiques de soutien aux énergies renouvelables, ces décisions risquent de freiner les ambitions de décarbonation à moyen terme.
Une mesure fiscale pour compenser, mais pas avant octobre
Pour calmer les inquiétudes, le gouvernement a tout de même prévu un dispositif de compensation… mais qui ne prendra effet que dans plusieurs mois. À partir du 1er octobre 2025, la TVA applicable à l’achat de panneaux solaires sera réduite de 20 % à 5,5 %. Une bonne nouvelle en soi, mais qui arrive tard, et qui pourrait ne pas suffire à contrebalancer l’impact des baisses annoncées.
Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), tente de relativiser la situation. Il souligne que cette baisse de TVA a été pensée comme un levier de soutien complémentaire et s’inscrit dans une stratégie budgétaire à long terme. Mais du côté des installateurs comme des consommateurs, c’est surtout l’impression d’un coup d’arrêt brutal qui domine.
L’avenir du solaire en question
La publication de l’arrêté officiel entérinant ces mesures devrait intervenir dans les semaines à venir. Mais déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une politique contradictoire avec les objectifs climatiques de la France. Réduire les incitations à investir dans le solaire, c’est prendre le risque de ralentir la transition énergétique à un moment critique.
Dans ce contexte, les mois à venir seront déterminants. Les consommateurs devront recalculer la rentabilité de leurs projets solaires, tandis que les professionnels du secteur redoutent un ralentissement de l’activité. La dynamique du photovoltaïque, si prometteuse ces dernières années, pourrait bien connaître un sérieux coup de frein.
