À partir du 1er avril 2025, une réforme discrète mais lourde de conséquences entrera en vigueur pour les demandeurs d’emploi âgés de 53 et 54 ans. Dans le sillage de la réforme des retraites, les règles d’indemnisation chômage changent : durée raccourcie, montant potentiellement diminué… On fait le point.
La réforme des retraites de 2023, avec son report de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, continue d’avoir des répercussions sur l’ensemble du système social. Après les pensions, c’est désormais le régime d’assurance chômage qui s’aligne, notamment pour les seniors. Une nouvelle étape de cette mise en œuvre entre en vigueur le 1er avril 2025 : les conditions d’indemnisation chômage des demandeurs d’emploi âgés de 53 et 54 ans vont être revues à la baisse, avec des effets immédiats.
La durée d’indemnisation revue à la baisse
Jusqu’à présent, les demandeurs d’emploi âgés de 53 ans et plus bénéficiaient de conditions plus favorables en matière de durée d’indemnisation, tenant compte des difficultés accrues qu’ils rencontrent pour retrouver un emploi. Par exemple, un demandeur d’emploi âgé de 53 ou 54 ans pouvait bénéficier de 22,5 mois d’indemnisation, contre seulement 18 mois pour les plus jeunes. Et à partir de 55 ans, cette durée s’étendait à 27 mois.
Dès le 1er avril, ces seuils sont modifiés. L’âge à partir duquel ces durées plus longues s’appliquent est désormais fixé à 55 ans, et non plus à 53. Concrètement :
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Moins de 55 ans : la durée maximale reste fixée à 18 mois ;
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Entre 55 et 57 ans : indemnisation plafonnée à 22,5 mois ;
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À partir de 57 ans : droits étendus jusqu’à 27 mois.
Les territoires d’Outre-mer, où certains travailleurs pouvaient jusqu’à présent prétendre à des durées encore plus longues (30 mois dès 53 ans, 36 mois à partir de 55 ans), voient également ces seuils relevés de deux ans.
Un impact potentiel sur le montant des allocations
Outre la durée, la méthode de calcul de l’allocation elle-même est également affectée. Le montant de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) dépend de la rémunération perçue durant une période de référence. Jusqu’à maintenant, pour les chômeurs de 53 ans et plus, cette période s’étendait sur les 36 derniers mois de salaire, ce qui permettait souvent de lisser des périodes creuses ou des baisses de revenus.
Ce seuil est désormais repoussé à 55 ans. Résultat : les demandeurs d’emploi de 53 ou 54 ans verront leur ARE calculée sur les 24 derniers mois uniquement, comme les demandeurs plus jeunes. Cette modification peut, dans certains cas, entraîner une réduction du montant des allocations, notamment pour ceux dont les revenus étaient plus élevés avant une baisse d’activité récente.
Une légère compensation pour les plus de 55 ans
Il existe toutefois une mesure plus favorable, qui pourrait consoler les demandeurs d’emploi âgés de 55 ans et plus. La dégressivité de l’allocation — une baisse pouvant aller jusqu’à 30 % après six mois pour les allocataires percevant plus de 92,12 € par jour — ne leur sera plus appliquée. Jusqu’à présent, cette exonération de dégressivité n’était accordée qu’à partir de 57 ans.
Ce changement vient donc atténuer, pour certains profils, les effets de la réforme. Mais pour les chômeurs de 53 et 54 ans, la période de transition s’annonce délicate.
Une réforme qui reflète l’allongement des carrières
La logique du gouvernement est claire : harmoniser les dispositifs sociaux autour de la nouvelle réalité des carrières rallongées. Si l’âge légal de départ à la retraite recule, il en va de même pour l’entrée dans les dispositifs “seniors” du chômage. Cette décision s’inscrit donc dans une cohérence institutionnelle, mais elle n’en est pas moins critiquée par plusieurs syndicats et associations de demandeurs d’emploi.
Ils soulignent notamment que les difficultés à retrouver un emploi dès 50 ans ne disparaissent pas avec un décret. Selon plusieurs études, le taux de retour à l’emploi diminue sensiblement à partir de 50 ans, et chute encore plus après 55 ans. Dans ce contexte, réduire les droits des 53-54 ans pourrait fragiliser davantage une population déjà vulnérable sur le marché du travail.
