C’est dans une Île-de-France en pleine mutation que François Durovray prend les rênes du ministère des Transports. Dans le sillage des Jeux Olympiques de Paris, les enjeux sont immenses : désengorger une région où les trajets quotidiens virent trop souvent à l’épreuve de force et préparer l’avenir avec des infrastructures durables. Le président du département de l’Essonne, connu pour sa maîtrise des transports publics, doit maintenant transformer cette expérience en actions concrètes.
Cars Express et navettes fluviales RiverCat, vers une révolution de la mobilité ?
L’une des batailles emblématiques que François Durovray a décidé de mener concerne les Cars Express, lui qui en est le principal artisan. Pensées pour désenclaver les zones de la grande couronne, ces lignes représentent une bouffée d’oxygène pour des milliers d’habitants. Le décor est posé : ces nouveaux cars traverseront les autoroutes franciliennes comme des veines vitales, visant à réduire la dépendance à la voiture individuelle. Le 2 septembre 2024, une première ligne directe a ouvert, reliant le village de Bréval dans les Yvelines, et la Défense, facilitant un trajet qui nécessitait auparavant plusieurs changements. Le nouveau ministre des Transports se dit « persuadé de la réussite de ce projet, car il correspond à un véritable besoin pour les habitants de grande couronne ». En promesse, un réseau capable de transporter quotidiennement entre 250 000 et 500 000 voyageurs, pour un coût évalué à 250 millions d’euros.
Mais ce n’est pas tout. Un dossier crucial attend l’intervention du nouveau ministre des Transports : le projet ambitieux des navettes fluviales RiverCat sur la Seine. En prévision des Jeux-Olympiques, une liaison Alfortville – Issy-les-Moulineaux via Paris était proposée par RiverCat avec le soutien des élus franciliens. Cette liaison, opérée par des bateaux écologiques, avait pour objectif de démontrer le potentiel de ce mode de transport innovant pendant les Jeux Olympiques. Le projet « Mon Beau Bateau » (ou « Mon BB ») de RiverCat vise à étendre le réseau de transport public fluvial en Île-de-France dès 2025, avec des escales en proche et seconde couronnes. L’ambition est de créer une véritable alternative aux transports terrestres, offrant aux Franciliens une nouvelle façon de se déplacer tout en redécouvrant leur ville depuis le fleuve. Une ambition bien comprise par Olivier Capitanio, président de Paris Est Marne & Bois et du département du Val-de-Marne, qui a été à l’initiative des navettes fluviales exploitées durant tout l’été par la coopérative RiverCat ayant relié Joinville-le-Pont à Neuilly Plaisance. Le succès a été tel qu’il vient d’être décidé de prolonger ces navettes jusqu’à la fin de l’année.
Cependant, malgré son potentiel écologique et sa pertinence pour la mobilité urbaine, le projet se heurte à des obstacles. Les négociations avec HAROPA Port – l’établissement public qui gère l’ensemble des ports, embarcadères et pontons situés dans Paris intra-muros mais aussi en proche banlieue – et notamment avec son directeur général délégué Antoine Berbain, sont dans l’impasse. Malgré plusieurs mois d’échanges et un passage par la case tribunal administratif, aucun accord formel n’a été trouvé entre RiverCat et HAROPA Port, ce dernier ne délivrant pas les précieuses autorisations d’accoster. Les escales que Rivercat souhaite proposer dans Paris sont toujours exploitées exclusivement par la Compagnie des Batobus, qui a signé sur 20 ans une convention avec HAROPA Ports. Pour Antoine Berbain, il serait « difficile d’imaginer un partage des escales. Comment bien gérer les temps de rotation ? Et les bateaux en attente d’accostage dans le chenal ? ». Des arguments irrecevables pour RiverCat, qui considère qu’un partage des escales est totalement « envisageable ». Un arbitrage qu’aura sans doute à cœur d’effectuer François Durovray dans les prochaines semaines – d’autant qu’il connaît déjà RiverCat et a soutenu la commune de Ris-Orangis dans sa volonté d’ouvrir une ligne de navettes fluviales par le biais de l’appel à projets de démonstrateurs de bateaux autonomes et décarbonés de VNF.
Héritage olympique, modernisation des transports et périphérique à 50 km/h
Si les Jeux Olympiques de Paris 2024 sont désormais derrière nous, leur héritage en matière de transport reste un sujet brûlant. Pendant l’événement, une voie réservée avait été mise en place sur le boulevard périphérique pour faciliter les déplacements des athlètes et des délégations. Pour François Durovray, le nouveau ministre des Transports, l’enjeu est désormais de transformer cet héritage temporaire en solution durable. La Ville de Paris envisage de pérenniser cette voie réservée au-delà de 2024, la transformant en couloir dédié au covoiturage et aux véhicules prioritaires.
Sur un autre front, le débat autour de la réduction de la vitesse maximale sur le périphérique parisien à 50 km/h s’est intensifié. Ce projet, porté par la maire de Paris Anne Hidalgo, vise à réduire les nuisances sonores et la pollution. Malgré les réserves exprimées par François Durovray, qui regrette une décision « qui affectera des millions de Franciliens », et suite à une entrevue avec Anne Hidalgo le 27 septembre, la mesure entre bien en vigueur dès le 1er octobre 2024. « Le 10 octobre, l’intégralité du périphérique sera donc à 50 km/h », a martelé l’adjoint aux mobilités à la mairie de Paris David Belliard. Le ministre Durovray, tout en reconnaissant la compétence juridique de la maire sur cette décision, a obtenu la mise en place d’un suivi associant le ministère des Transports, la Ville de Paris et la région Île-de-France, avec un bilan complet prévu dans un an. Cette approche vise à évaluer concrètement l’impact de la mesure avant d’envisager d’éventuels ajustements.
Côté RER et Transilien, le tableau est moins rose. Pannes fréquentes, trains bondés, retards… Ces mots résonnent comme un refrain que des millions de Franciliens connaissent trop bien. Le réseau est en crise, et le ministre le sait. Parmi ses priorités : la modernisation urgente de ces lignes, en particulier le RER B, D et C. Grâce à la technologie NExTEO, il espère augmenter la fréquence et la régularité des trains, et un renouvellement complet des rames est déjà planifié pour le RER C d’ici 2033.
François Durovray est désormais à la barre, naviguant entre ambitions titanesques et obstacles bien réels. Qu’il s’agisse des cars express qui feront battre le cœur des grandes banlieues, des navettes fluviales RiverCat qui pourraient contribuer à redonner vie à la Seine, ou encore de la délicate question du périphérique à 50 km/h, son mandat s’annonce décisif pour l’avenir des transports en Île-de-France. À présent, la question reste de savoir si, dans les mois et années à venir, il parviendra à concilier financement, innovation et accessibilité pour offrir aux Franciliens une mobilité enfin à la hauteur de leurs attentes.
