Numérique

Télécoms à La Réunion, l’étrange choix de l’ARCEP

Après la métropole à l’automne dernier, voici venu le temps pour les territoires d’outre-mer de se préparer au déploiement de la 5G. Dans ce cadre, le régulateur des télécoms, l’ARCEP, a lancé une consultation publique en vue de l’attribution, entre autres, de fréquences basses dans la bande 700 MHz sur l’île de la Réunion. Problème : face à Orange, SFR et Free, l’opérateur local Zeop (filiale du Groupe Océinde) s’estime, par avance, lésé.

Les « fréquences en or »

Surnommées les « fréquences en or », les bandes basses de 700 MHz sont très prisées par les opérateurs mobiles. La raison ? Non seulement elles offrent une meilleure pénétration des immeubles (ces ondes traversent le béton), mais elles bénéficient également d’une portée de signal plus importante, assurant ainsi une bonne couverture avec un nombre limité d’antennes. « L’attribution de la bande 700 MHz revêt une importance stratégique pour le déploiement de réseaux mobiles à très haut débit étendus et performants à court et moyen termes », rappelait ainsi l’ARCEP en 2015.

Permettant notamment le déploiement de la 5G, les fréquences de la bande 700 MHz sont donc source de convoitises. Sur le territoire réunionnais, ils sont 4 à se disputer une part du gâteau : Orange, Free, SFR, et Zeop. Dernier entrant sur le marché des télécoms réunionnais, Zeop s’estime depuis toujours mis à l’écart par le régulateur : cela fait en effet plusieurs années que l’opérateur réunionnais demande à pouvoir bénéficier de fréquences basses, et ainsi faire jeu égal avec ses concurrents, qui en possèdent, depuis 2016, dans les bandes 800 et 900 MHz (22,4 MHz pour Orange et SFR, et 19,8 MHz pour Free). « Nous sommes le seul opérateur au monde à n’avoir pas pu disposer de fréquences basses ni de mesures compensatoires et à avoir à déployer en même temps 4 G et 5 G », regrette ainsi Nassir Goulamaly, patron de Zeop, qui voyait dès lors, dans cette future attribution, l’occasion de rétablir un semblant d’équité.

L’opérateur local de nouveau mis sur la touche ?

Mais c’était sans compter sur le dispositif choisi par l’ARCEP : celui-ci consiste en effet à octroyer 5 MHz à chaque opérateur, puis à mettre deux lots de 5 MHz aux enchères. Orange et SFR passeront ainsi à 27,4 MHz de fréquences basses, Free à 24,8 MHz et Zeop à 5 MHz. Le plafond de détention ayant été fixé à 30 MHz dans les bandes basses, seuls Zeop et Free pourront participer à la seconde phase de cette attribution, les enchères. Mais Zeop ne pouvant lutter financièrement avec Free, l’opérateur devra se contenter d’un seul lot de 5 MHz auquel son concurrent ne pourra de toute façon plus prétendre en raison du seuil fixé par l’ARCEP. Au terme de cette attribution, Zeop obtiendrait  donc, au maximum, 10 MHz de fréquences basses, quand ses concurrents en posséderaient près de 30 MHz chacun.

Jusqu’ici, en raison des dérives inhérentes à un tel mécanisme, l’ARCEP, aujourd’hui dirigée par Cécile Dubarry et Laure de La Raudière, s’était toujours refusée à recourir au dispositif d’enchères pour l’attribution de fréquences en outre-mer. La volte-face de l’autorité interpelle d’autant plus Zeop que l’objectif revendiqué de celle-ci n’est autre que « d’assurer que les dynamiques et intérêts des opérateurs privés se concilient avec les objectifs de connectivité du territoire, de compétitivité et de concurrence effective et loyale entre les opérateurs ».

Or, côté « connectivité du territoire », Zeop ne ménage pas ses efforts : depuis 2011, l’opérateur est ainsi reconnu pour être le pionnier du haut débit à La Réunion et le premier à avoir proposé la fibre optique sur l’île. La société peut ainsi se vanter d’avoir fait de La Réunion le deuxième département fibré de France, juste derrière l’Ile-de-France. Un tableau de chasse qui aurait dû permettre à l’opérateur d’être – si ce n’est avantagé – traité équitablement par le régulateur.

La rédaction

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