Limiter la période quotidienne pendant laquelle on s’alimente et éviter les repas dans les heures précédant le coucher pourrait avoir des effets bénéfiques sur les capacités cognitives. Une étude menée par des chercheurs de l’université Rutgers, aux États-Unis, met en évidence une possible relation entre les horaires des repas et le déclin cognitif, tout en appelant à confirmer ces premiers résultats sur un plus grand nombre de personnes.
L’heure à laquelle nous mangeons pourrait-elle avoir une influence sur le vieillissement du cerveau ? C’est l’une des pistes explorées par une équipe de l’université Rutgers, dans le New Jersey, à travers un essai clinique consacré aux effets d’une alimentation limitée à certaines heures de la journée.
Les chercheurs se sont notamment intéressés au principe de l’alimentation en temps restreint, une forme de jeûne intermittent qui consiste à concentrer les repas sur une période déterminée. Leurs résultats suggèrent qu’une fenêtre alimentaire d’environ huit à neuf heures par jour, associée à l’absence de repas pendant les quatre heures précédant le coucher, pourrait contribuer à préserver certaines fonctions cognitives.
L’étude a porté sur 47 femmes âgées de 50 à 79 ans en situation de surpoids ou d’obésité. Parmi elles, 26 devaient concentrer leur alimentation sur une période de huit heures, généralement comprise entre 10 heures et 18 heures. Les autres participantes pouvaient prendre leurs repas sur une plage quotidienne de douze heures.
À l’issue de l’expérience, des tests ont été réalisés afin d’évaluer différentes capacités cognitives. Les femmes ayant suivi le programme d’alimentation en temps restreint ont obtenu de meilleurs résultats que celles du groupe de comparaison.
Les différences observées restent néanmoins limitées. Sue Shapses, professeure de sciences nutritionnelles à l’université Rutgers, qualifie elle-même les effets de « modestes ». Ils pourraient toutefois indiquer l’existence d’un lien entre le moment de la prise alimentaire et certaines fonctions comme la mémoire, l’attention ou la capacité à résoudre des problèmes.
La perte de poids pourrait expliquer une partie de ces résultats. Selon la chercheuse, réduire son poids peut déjà contribuer à limiter le déclin cognitif avec l’âge. Le fait de concentrer les repas sur huit ou neuf heures et de ne pas manger à proximité de l’heure du coucher pourrait néanmoins apporter des bénéfices supplémentaires.
Les scientifiques cherchent désormais à comprendre les mécanismes susceptibles d’expliquer ces résultats. L’une des principales hypothèses concerne le rythme circadien, autrement dit l’horloge biologique qui organise de nombreux processus de l’organisme sur une période d’environ 24 heures.
Manger tardivement pourrait perturber certains mécanismes métaboliques alors que l’organisme se prépare au sommeil. À l’inverse, concentrer les apports alimentaires plus tôt dans la journée pourrait favoriser un meilleur alignement entre alimentation et rythme biologique.
D’autres mécanismes sont également étudiés, notamment la régulation de la glycémie, le fonctionnement du système cardiovasculaire et l’inflammation.
Wendy Hall, professeure en sciences nutritionnelles au King’s College de Londres, estime ainsi que l’alimentation sur une plage horaire réduite constitue une piste crédible pour favoriser la santé cognitive. Éviter les repas importants tard le soir pourrait notamment contribuer à un meilleur contrôle de la glycémie et à une diminution de certains phénomènes inflammatoires.
Les chercheurs restent toutefois prudents. L’essai repose sur un échantillon de seulement 47 participantes, toutes des femmes en situation de surpoids ou d’obésité. Ses conclusions ne permettent donc pas d’affirmer qu’arrêter de manger quatre heures avant le coucher protège à lui seul contre les maladies neurodégénératives ou la démence.
Des travaux portant sur des populations plus importantes et plus diversifiées seront nécessaires pour déterminer l’ampleur réelle des bénéfices et savoir s’ils se maintiennent sur le long terme.
Ces recherches s’inscrivent plus largement dans les travaux consacrés aux facteurs modifiables du déclin cognitif. L’activité physique, l’alimentation, le tabagisme, la consommation d’alcool ou encore certains facteurs cardiovasculaires figurent parmi les éléments sur lesquels il est possible d’agir au cours de la vie pour réduire certains risques associés à la démence.
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