Energie

Moratoire énergétique : l’Assemblée nationale rejette le moratoire sur l’éolien et le solaire

La proposition de loi portée par le sénateur Daniel Grémillet, qui visait à instaurer un moratoire sur le développement de l’éolien et du photovoltaïque, a été rejetée ce mardi à l’Assemblée nationale. Une décision saluée par les partisans des énergies renouvelables, alors que le texte cristallisait les tensions autour de l’avenir du mix énergétique français.

Un texte controversé dès son origine

Déposée au Sénat en début d’année 2025, la proposition de loi Grémillet entendait réorienter la programmation énergétique nationale en accordant la priorité exclusive au nucléaire, tout en gelant temporairement le développement de l’éolien et du solaire. Justifiée par ses auteurs au nom de la cohérence industrielle, de l’acceptabilité sociale et de la maîtrise des coûts, elle a rapidement suscité un large front d’opposition, tant dans les milieux politiques qu’au sein de la société civile.

Le cœur du texte reposait sur l’idée que les énergies renouvelables, intermittentes et coûteuses à intégrer au réseau, ralentissaient la reconquête de souveraineté énergétique par l’atome. Le moratoire proposé visait donc à suspendre tout nouvel appel d’offres ou projet en cours, dans l’attente d’une redéfinition globale de la stratégie nationale.

Des députés majoritairement opposés au moratoire

Mais à l’Assemblée nationale, cette vision n’a pas convaincu. Ce mardi, les députés ont massivement rejeté la proposition de loi, confirmant que le gel des renouvelables ne fait pas consensus. Plusieurs groupes politiques, à commencer par la majorité présidentielle, ont dénoncé un texte jugé « idéologique », « contre-productif » et « incompatible avec les objectifs climatiques de la France ».

Le rapporteur de la commission des affaires économiques a rappelé que la neutralité carbone d’ici 2050 nécessitait une montée en puissance simultanée du nucléaire et des énergies renouvelables. « Il ne s’agit pas d’opposer les sources d’énergie, mais de les articuler de manière complémentaire », a-t-il insisté en séance.

La filière renouvelable respire, mais reste vigilante

Le rejet de la proposition Grémillet a été accueilli avec soulagement par les acteurs du secteur des énergies renouvelables. Pour les représentants du Syndicat des énergies renouvelables (SER) ou de France Renouvelables, cette décision permet d’éviter un coup d’arrêt brutal à des centaines de projets en cours, dont beaucoup portés par des collectivités locales et des entreprises de taille moyenne.

Mais cette victoire politique ne masque pas une forme de défiance persistante. Depuis plusieurs mois, les éoliennes en particulier font l’objet d’une opposition croissante sur le terrain, entre plaintes pour nuisances, conflits d’implantation et recours juridiques. Le secteur réclame une meilleure concertation locale et un cadre plus clair pour accélérer les délais d’instruction.

Moratoire : un clivage persistant autour du modèle énergétique

Ce débat parlementaire révèle en creux les fractures idéologiques qui traversent la politique énergétique française. D’un côté, les partisans d’un recentrage sur le nucléaire mettent en avant la stabilité, la capacité pilotable et le faible coût carbone de l’atome. De l’autre, les défenseurs d’un mix diversifié insistent sur la nécessité d’investir dans des énergies locales, renouvelables et rapidement mobilisables.

Le rejet du moratoire n’efface pas ces divergences, mais il acte une volonté de préserver une pluralité de solutions, plutôt que de privilégier un modèle unique. À l’heure où la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est en cours d’élaboration, l’enjeu pour le gouvernement sera de trouver un équilibre crédible entre souveraineté énergétique, décarbonation et acceptabilité sociale.

Le Sénat isolé dans sa posture restrictive

Le vote de l’Assemblée nationale met aussi en lumière un décalage croissant entre les deux chambres du Parlement. Alors que le Sénat, dominé par la droite, avait adopté le texte Grémillet avec une majorité confortable, l’Assemblée, plus diverse politiquement, a fait le choix inverse. Ce clivage illustre une ligne de fracture entre une vision centralisée, technocratique de la transition et une approche plus décentralisée, portée par les territoires et les citoyens.

Plusieurs élus locaux, y compris parmi les opposants au texte, ont souligné la nécessité de repenser la gouvernance de l’énergie en donnant davantage de pouvoir aux collectivités. Le rejet du moratoire pourrait ainsi servir de point d’appui pour relancer un débat plus large sur la territorialisation des politiques énergétiques.

Un signal politique fort pour la transition

Le rejet de la proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur l’éolien et le solaire marque un tournant symbolique dans le débat énergétique français. Il réaffirme l’engagement de l’Assemblée nationale en faveur d’une transition plurielle, reposant à la fois sur le nucléaire et les énergies renouvelables, dans un esprit de complémentarité.

Mais ce vote ne règle pas tout : il reste à bâtir une stratégie lisible, soutenue par un cadre réglementaire cohérent et un effort collectif. Car au-delà des oppositions partisanes, la transition énergétique exige des choix clairs, stables et portés dans la durée.

La rédaction

Recent Posts

Les Dialogues de l’Économie Citoyenne : la souveraineté européenne à l’épreuve de ses dépendances

À l’occasion des Dialogues de l’Économie Citoyenne organisés le 28 septembre par La Banque Postale,…

7 jours ago

Drogues de synthèse : une pollution chimique encore largement sous-estimée

La fabrication clandestine de MDMA, d’amphétamines ou de méthamphétamine ne constitue pas seulement un problème…

1 semaine ago

Les GAFAM : comprendre le poids des géants du numérique

Moteurs de recherche, smartphones, réseaux sociaux, commerce en ligne, logiciels, cloud ou intelligence artificielle :…

3 semaines ago

Finance verte : quand l’investissement devient un levier de la transition écologique

Face au changement climatique et aux besoins considérables de financement de la transition énergétique, le…

4 semaines ago

Tabac : Marine Le Pen veut « stopper l’escalade fiscale » et renforcer la lutte contre les trafics

À la veille d’une mobilisation nationale des buralistes, Marine Le Pen propose de geler les…

4 semaines ago

À Mayotte, l’alimentation continue de peser lourdement sur les prix

Près de deux ans après le passage du cyclone Chido, la hausse des prix reste…

1 mois ago