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L’avenir et les doutes se mêlent à Lisbonne

Cette année au Web Summit, surnommé le « Davos des geeks », le thème de la désillusion numérique s’est imposé à travers des interrogations comme « La technologie va-t-elle tuer la démocratie ? », « Construire la confiance à l’âge de la désinformation », « Un internet libre et ouvert n’est plus possible ». L’édition 2018 se déroule à Lisbonne au Portugal. Elle accueille près de 2 000 start-ups, 1500 investisseurs et devrait atteindre les 70 000 visiteurs. Elle a ouvert ses portes lundi 5 novembre.

La soirée d’ouverture a été marquée par l’intervention de Tim Berners-Lee, principal inventeur du web, qui s’est déclaré favorable à un nouveau « contrat pour le web » sorte de charte rendant le net plus sûr et plus accessible. Ce physicien britannique a imagé en 1989 un « système de gestion décentralisée de l’information » qui a été retenu comme la première pierre du web moderne. Il s’est attardé sur les troubles qui parcours la toile et ses utilisateurs affirmant que « Beaucoup de choses ont mal tourné… Nous avons des fakes news, des problèmes de respect de la vie privée, des personnes qui sont manipulées ».

Monsieur Berners-Lee a également, avec sa fondation, vivement critiqué l’accaparement des revenus publicitaires faites sur les moteurs de recherche en pointant du doigt Google ou Facebook. De nombreux fondateurs du web craignent pour sa liberté en constant un internet coincé entre les GAFS (Google, Apple, Facebook, Amazon) et les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

Paddy Cosgrave, fondateur de l’évènement, a admis à l’AFP que le milieu était actuellement dans un « trou d’air » ajoutant : « C’est une période de réflexion. Toutes les nouvelles technologies connaissent des cycles similaires. (…) Quand l’imprimerie a été inventée, l’excitation initiale a été remplacée avec le temps par la peur des conséquences potentiellement néfastes. Et finalement ça s’est bien passé ».

Evan Williams, cofondateur de Blogger (désormais tenu par Google) et de Twitter, est une autre star des débuts du web grand public affirmant clairement ses regrets aujourd’hui. Il clôturera le salon jeudi soir. Il y a quelques mois il déclarait : « Nous nous sommes habitués à tout avoir gratuitement, et nous en avons sous-estimé le coût ». Ce coût est celui de l’exploitation en masse des données personnelles des internautes et leur revente à des annonceurs.

Autre grande voix désormais effrayée par le devenir du net, celle de Mitchell Baker, la présidente de la fondation Mozilla. Affirmant que le système économique actuel en cours sur le net est « une économie de l’addiction, comme les paris ou les jeux vidéo », elle regrette la qualité des contenus en ligne : « Aujourd’hui tout le monde a une voix, (…) mais, malheureusement, ce sont les voix les plus bruyantes et souvent les plus violentes qui sont amplifiées parce que les choses les plus négatives, les plus effrayantes attirent notre attention ».

Martin Evrard

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