Environnement

Adaptation des forêts françaises au changement climatique : le rôle incontournable des forestiers

En France, les forêts sont directement exposées aux effets du changement climatique. Les forestiers se mobilisent pour adapter les massifs et font évoluer les pratiques sylvicoles, en privilégiant notamment la migration et la diversification des essences.

Des forêts sous pression

Même si la surface forestière continue de croître en France, et ce depuis plus d’un siècle, la mortalité des arbres connaît également une augmentation ces dernières années. Cela s’explique par plusieurs facteurs liés au changement climatique : canicules et sécheresses répétées, incendies, tempêtes, apparition plus fréquente d’insectes ravageurs et de maladies.

Les forêts disposent certes d’une capacité d’adaptation naturelle aux variations climatiques. Mais, en France, les températures moyennes ont gagné 1,2 °C en cinquante ans, dont 0,5 °C depuis 2015. Un rythme dix fois plus élevé que celui de l’adaptation spontanée des massifs français.

Adaptation climatique : les forestiers pleinement mobilisés

Loin d’être passifs, les forestiers français ont pris très tôt la mesure de ces risques climatiques et engagé des actions concrètes pour pallier ce défaut d’adaptation naturelle. L’adaptation des massifs passe par des réponses variées, à l’échelle des parcelles comme des modes de gestion. Erwin Ulrich, pilote national de l’adaptation des forêts au changement climatique à l’Office national des forêts (ONF), insiste notamment sur la place de la diversité « dans le choix des essences, dans les structures de peuplements, dans les modes de gestion pour garantir une interaction plus forte entre zones de production et zones de protection intégrale… ».

Sur le terrain, cela se traduit notamment par le développement de peuplements diversifiés, associant des essences variées, feuillues ou résineuses. Ces mélanges renforcent la résistance des massifs face aux aléas sanitaires et climatiques, tout en favorisant la biodiversité.

À l’échelle d’une parcelle, tout commence par un diagnostic visant à évaluer l’adéquation des essences aux conditions climatiques présentes et futures. Si le massif est menacé de dépérissement, les forestiers doivent assurer un renouvellement rapide du peuplement, en accompagnant la régénération naturelle et, si nécessaire, par des enrichissements ciblés avec de jeunes pousses mieux adaptées.

Migration des essences

La migration assistée peut prendre plusieurs formes. Elle peut consister à introduire ponctuellement des essences mieux armées face au changement climatique, ou à choisir des provenances plus adaptées d’une essence déjà présente. Cette seconde option permet d’adapter progressivement les peuplements, sans modifier brutalement leurs équilibres écologiques. « Remplacer un chêne sessile par une autre variété de chêne modifie la physionomie de la forêt (…). Mais pour le cortège floristique et faunistique, cette option est moins bouleversante que d’introduire une espèce très éloignée botaniquement », précise Brigitte Musch, responsable du conservatoire génétique des arbres forestiers à l’ONF.

Une logique de provenance illustrée par le projet Giono, porté par l’ONF : plus de 7 000 chênes et hêtres issus du sud de la France ont été implantés en forêt domaniale de Verdun, dans le Grand Est.

Pour éclairer les choix de migration assistée, le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF) accompagne des « îlots d’avenir » : des parcelles expérimentales où sont observées, dans la durée, des essences et des provenances susceptibles de mieux résister aux climats futurs.

La forêt, pilier de la lutte climatique

La forêt joue un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique. En France, cette contribution repose notamment sur l’extension de sa surface (passée depuis 1840 de 9 à 17,6 millions d’hectares). Actuellement, 1,35 milliard de tonnes de carbone est stocké dans les arbres vivants, un carbone qui reste emprisonné dans le bois même après récolte et transformation.

Dans ses scénarios pour 2050, le cabinet Carbone 4, fondé par Jean-Marc Jancovici, estime que la France ne pourra atteindre la neutralité carbone sans une forte mobilisation de la filière forêt-bois. Le cabinet recommande un recours accru au bois, notamment pour des usages de longue durée comme la construction. Matériau renouvelable, le bois stocke du carbone durant toute la durée de vie des produits et des bâtiments qui en sont issus. Même pour des usages de courte durée ou comme combustible, il n’émet que le CO₂ capté pendant la croissance de l’arbre, ce qui reste plus vertueux que les énergies fossiles.

Pour substituer le bois à davantage de matériaux plus carbonés, Carbone 4 plaide pour une augmentation maîtrisée de la récolte en France. Cette hausse permettrait aussi de relocaliser les approvisionnements et de limiter les importations issues de forêts moins durablement gérées.

 

La Rédaction

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