Pilier de l’économie française, le secteur de l’artisanat conserve une forte capacité de création d’emplois, malgré des fluctuations récentes liées à la conjoncture énergétique. La dernière édition du Baromètre de l’artisanat, publiée en septembre 2025 par l’Institut Supérieur des Métiers (ISM), en partenariat avec la MAAF, le confirme. Cette étude, qui couvre la période 2019-2024, offre une lecture quantitative de l’évolution de l’emploi et de la vitalité entrepreneuriale dans le secteur.
Entre 2019 et 2024, les effectifs salariés dans l’artisanat ont augmenté de 5 %, passant de 1 777 000 à 1 856 900 personnes. Cette évolution s’articule en deux temps : une phase d’expansion accélérée entre 2019 et 2022, portée par les conséquences de la crise sanitaire, suivie d’un recul modéré (-3 %) entre 2022 et 2024. Ce repli s’explique essentiellement par les perturbations induites par l’inflation énergétique et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, sans pour autant remettre en cause l’attractivité du secteur.
L’augmentation brutale des prix de l’énergie en 2022-2023 a entraîné un ralentissement significatif de certaines branches artisanales. Selon le Baromètre ISM / MAAF, le BTP et la fabrication, particulièrement exposés à la volatilité des coûts énergétiques et des matières premières, ont vu leurs effectifs salariés diminuer respectivement de 5 % et 4 %.
À l’inverse, les segments peu énergivores – comme les services à la personne ou l’alimentation – ont mieux résisté, en maintenant un niveau d’emploi stable. Malgré ce contexte peu favorable, les entreprises artisanales ont continué de recruter, pour pallier les départs en retraite, soutenir la mobilité professionnelle ou pourvoir de nouveaux postes.
Sous l’effet de la crise du Covid-19, la période 2019-2022 avait connu une revalorisation massive des métiers artisanaux, perçus comme porteurs de sens et moins exposés aux aléas économiques globaux. Cette reconfiguration des trajectoires professionnelles s’est notamment traduite par une hausse de 17 % du nombre d’établissements artisanaux économiquement actifs.
Cette poussée entrepreneuriale s’est accompagnée d’une création nette d’emplois, aussi bien pour les indépendants que pour les salariés. L’artisanat a connu une hausse globale de 8 % de ses salariés sur la période, avec un pic à 1 913 000 employés en 2022. D’après le Baromètre ISM / MAAF, plusieurs filières ont enregistré une croissance particulièrement significative : +18 % pour la fabrication artisanale de produits alimentaires, +15 % pour l’installation électrique et la plomberie, et +10 % dans la construction de logements.
Les activités artisanales industrielles ont, quant à elles, évolué de manière plus hétérogène : les sous-secteurs du bois, de l’habillement ou de la métallurgie ont connu une légère contraction ; l’imprimerie, confrontée à une crise structurelle, affiche quant à elle un recul significatif de 6 %.
Malgré le léger ralentissement observé entre 2022 et 2024, la demande en main-d’œuvre qualifiée reste forte dans le champ artisanal. Les offres d’emploi ont connu une hausse spectaculaire de 49 % entre 2019 et 2022, suivie d’une légère baisse de 3 % sur la période suivante – soit une augmentation cumulée de 46 % depuis 2019. Parallèlement, le nombre de demandeurs d’emploi dans le secteur a diminué de 10 % entre 2019 et 2022, puis de 2 % entre 2022 et 2024.
Cette double dynamique – augmentation des besoins des employeurs et contraction du nombre de professionnels disponibles – intensifie les difficultés de recrutement. En 2024, selon une étude de France Travail, 57 % des recrutements dans les métiers artisanaux sont jugés « difficiles ». Cette proportion atteint ou dépasse les 80 % dans plusieurs professions techniques : couvreurs (82 %), carrossiers (81 %), techniciens en froid et climatisation (80 %), ouvriers en chaudronnerie et tôlerie (80 %) et tailleurs de pierre (80 %).
Pour la première fois, le Baromètre ISM / MAAF propose une analyse par métier fondée sur l’évolution du nombre de demandeurs d’emploi entre 2019 et 2024. Cette approche permet d’identifier les spécialités les plus recherchées et celles en saturation.
Ainsi, les métiers ayant enregistré les plus fortes baisses du nombre de demandeurs d’emploi – preuve de leur dynamisme – sont les suivants :
À l’inverse, certaines professions plébiscitées lors des reconversions post-Covid font désormais face à un afflux de demandeurs d’emploi :
Ce rééquilibrage suggère une saturation progressive dans certains métiers « tendance » des années Covid, où l’offre de reconversion a parfois excédé les débouchés réels.
L’ensemble des données converge vers un constat clair : malgré des ajustements conjoncturels, l’artisanat conserve un fort potentiel d’insertion professionnelle. Valoriser ces métiers en tension et proposer une offre de formation mieux adaptée apparaissent comme des réponses crédibles à l’évolution du marché du travail.
En tant qu’outil d’analyse sectorielle, le Baromètre ISM / MAAF souligne l’urgence de renforcer ces passerelles entre l’offre de compétences et les besoins des entreprises artisanales. Il réaffirme également le rôle stratégique de ce secteur dans l’économie locale et l’aménagement du territoire.
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