Economie

Coopération franco-américaine : un souffle nouveau pour l’économie française ?

En août 2025, pour le troisième mois consécutif, l’indice du climat des affaires en France a stagné à 96 – un niveau inférieur à sa moyenne de long terme. Si l’économie hexagonale n’est pas à l’arrêt, elle reste marquée par une certaine atonie, renforcée par le resserrement budgétaire et l’incertitude politique. Malgré des IDE en baisse, la France reste attractive pour les investisseurs américains, en particulier dans le numérique. Plusieurs opérations d’envergure ont déjà marqué 2025, menée par Prologis, Digital Realty, MARA ou Kyndryl. La coopération franco-américaine est donc un levier possible pour relancer la croissance française.

L’économie française en quête d’air frais

La croissance française peut sembler correcte en 2025, compte tenu du contexte mondial. Avec +0,1 % au premier trimestre et +0,3 % au second, elle dépasse les prévisions. La réalité est plus contrastée, car cette croissance s’appuie d’abord sur une accumulation de stocks. La consommation privée a baissé, les financements restent insuffisants et les exportations régressent.

Le dernier baromètre de l’INSEE, publié le 22 août 2025, confirme cette tendance : l’économie française progresse, mais sans élan. Pour le troisième mois consécutif, l’indicateur synthétique du climat des affaires se maintient à 96. Il reste, depuis juillet 2024, en dessous de sa moyenne de longue période. Concernant l’emploi, l’indice a légèrement reculé, de 96 à 95.

En termes d’attractivité, la France a conservé, en 2024, son premier rang européen pour les IDE, avec 1 025 projets financés. Ce chiffre est toutefois à nuancer : il s’accompagne de peu de créations d’emplois et accuse une baisse de 14 % par rapport à 2023. L’incertitude politique, la complexité sociale ou les lenteurs administratives expliquent ce recul. Ce contexte de défiance est accentué par la fragilité budgétaire de l’État et un vote de confiance, le 8 septembre 2025, qui pourrait faire tomber le gouvernement.

L’attractivité réversible de la France

Cette atonie n’a toutefois rien d’une fatalité. 70 % des dirigeants étrangers interrogés par le Baromètre EY 2025 prévoient ainsi une amélioration de l’attractivité de la France d’ici trois ans.

Le pays dispose en effet de nombreux atouts pour les investisseurs : taille du marché, infrastructures, recherche, talents, souveraineté technologique. L’Hexagone, qui a bénéficié d’une politique de l’offre continue entre 2017 et 2024, reste perçu comme « une puissance crédible, stable et influente dans une Europe fracturée », lit-on dans le rapport d’EY.

En 2025, les entreprises américaines continuent d’ailleurs d’investir en France, tout particulièrement dans la transition numérique. Au-delà des géants du secteur comme AWS, Microsoft ou Google, qui injectent régulièrement des fonds, les exemples sont nombreux. Kyndryl a ainsi débloqué 100 millions d’euros pour soutenir la transformation numérique des entreprises hexagonales, via un nouveau hub dédié à l’IA et à la cybersécurité à Sophia-Antipolis. 300 embauches sont prévues.

« Les investissements et initiatives d’aujourd’hui visent à préparer le tissu économique français à relever les défis de demain et à rester compétitif sur la scène internationale. Kyndryl s’engage à soutenir les entreprises françaises dans leur transition numérique et à contribuer à la croissance économique et à l’innovation en France », a déclaré Jérôme Calmelet, président de Kyndryl France.

En août, MARA, le géant américain du minage de bitcoin et des datacenters, a décidé d’investir 168 millions de dollars pour une prise de participation dans Exaion – une filiale d’EDF dédiée au calcul haute performance (HPC) et aux infrastructures cloud sécurisées. En lui transmettant son expertise dans l’optimisation des calculs et des coûts énergétiques qu’ils génèrent, MARA entend faire de la jeune pousse un champion européen de l’IA et du HPC, tout en stimulant l’innovation et en créant des emplois qualifiés.

Une dynamique de coopération franco-américaine stratégique

Preuve de sa volonté d’implantation en France, MARA a, le 25 août 2025, établi son siège européen à Paris, et nommé Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie, comme conseiller principal du groupe. « J’ai décidé de rejoindre MARA afin d’aider à consolider l’alliance stratégique la plus ancienne et la plus réussie au monde, celle entre les États-Unis d’Amérique et la France », a commenté le dirigeant.

L’investissement de MARA va soutenir la croissance d’Exaion, notamment à travers le développement de nouvelles capacités dans les technologies de pointe. Son lien avec EDF permettra à la jeune pousse de bénéficier d’une électricité compétitive. En alliant le savoir-français au capital et aux technologies américaines, ce partenariat vise à combler l’absence de champions européens du numérique.

La France est un champion historique de la production électrique bas-carbone, et compte, avec EDF et Engie, deux géants mondiaux du secteur. Cela en fait une terre particulièrement fertile pour développer des technologies disruptives et énergivores, comme le cloud, le HPC ou l’IA.

Digital Realty a ainsi annoncé en février 2025 sa décision d’investir 5 milliards d’euros dans les datacenters et l’IA en France. Durant le sommet Choose France, le groupe américain a précisé la ventilation de sa première tranche de financement – 2 milliards d’euros à Dugny et 300 millions à Marseille, pour 950 emplois directs et indirects créés au total.

« Grâce à la fiabilité de son réseau électrique et à la production d’électricité décarbonée de son parc nucléaire, la France dispose d’atouts uniques pour accueillir les capacités de calcul des modèles d’IA de dernière génération. Au sein de nos campus de datacenters en région Parisienne et à Marseille, les entreprises de toutes tailles pourront déployer, connecter et contrôler leurs workloads IA en toute sécurité », explique Fabrice Coquio, président de Digital Realty France.

Spécialiste des espaces logistiques et de l’IA, le fonds d’investissement américain Prologis va injecter 6,4 milliards d’euros dans l’économie française, dont 5,4 milliards pour construire quatre datacenters en région parisienne, générant plus de 3 400 emplois directs et indirects.

La France œuvre depuis plusieurs années au renforcement de son attractivité auprès des investisseurs étrangers, en particulier américains. En 2025, ces coopérations, mêlant capitaux étrangers et expertise française, alimentent une dynamique susceptible d’enrayer l’attentisme économique et de redonner de l’élan à la compétitivité du pays.

La rédaction

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