Economie

Valobat lance un appel d’offres pour le recyclage

Face à un déficit criant de capacités de traitement, Valobat, l’éco-organisme en charge de la filière REP des produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB), lance un appel d’offres majeur. Son ambition ? Accélérer la structuration du recyclage des déchets de plâtre en France, un secteur encore embryonnaire mais promis à une forte montée en puissance. À l’horizon 2026, les volumes collectés pourraient atteindre 400 000 tonnes, dont près de 90 % recyclables. Les candidats potentiels ont jusqu’au 19 septembre pour se positionner sur un marché qui pourrait marquer un tournant dans la gestion des déchets de chantier.

Valobat : un écart abyssal entre ambition et réalité

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, alors que la filière REP PMCB était encore en phase de création, les éco-organismes n’ont collecté que 7 200 tonnes de déchets de plâtre. Un volume dérisoire comparé aux projections pour 2026, où Valobat table sur 400 000 tonnes, dont 350 000 considérées comme techniquement recyclables. Autrement dit : la filière doit multiplier par 50 ses capacités en l’espace de trois ans.

Ce défi logistique et industriel est d’autant plus pressant que les capacités actuelles sont déjà insuffisantes. Si l’objectif de massification n’est pas rapidement soutenu par une offre de traitement à la hauteur, les déchets risquent tout simplement d’être enfouis ou incinérés, en contradiction avec les principes de l’économie circulaire promus par la loi AGEC.

Un appel d’offres structurant pour deux types d’acteurs

Conscient de ces enjeux, Valobat propose un dispositif en deux volets. D’une part, il cherche à identifier des opérateurs capables de préparer les déchets de plâtre en vue d’un recyclage ou d’une valorisation matière. Cela inclut le tri, le broyage, la séparation des impuretés et la production d’une fraction de gypse réutilisable.

D’autre part, l’éco-organisme veut contractualiser avec des industriels ou transformateurs en mesure de réincorporer cette matière dans des processus de fabrication. Il peut s’agir, par exemple, de fabricants de plaques de plâtre qui réutilisent le gypse recyclé dans leurs lignes de production, ou d’autres industries capables de l’intégrer dans des produits alternatifs, comme les liants ou les mortiers.

Ces contrats seront attribués pour une période de cinq ans, signe que Valobat veut sécuriser dans la durée la montée en régime de la filière. Un signal fort envoyé au marché pour stimuler les investissements.

Un gisement encore mal exploité et dont Valobat veut tirer profit

Le plâtre, composé en grande partie de sulfate de calcium (gypse), est un matériau recyclable à l’infini… à condition qu’il soit collecté et traité dans de bonnes conditions. Or, jusqu’ici, la majorité des déchets de plâtre issus du BTP finissent en décharge, souvent souillés par d’autres matériaux ou mal identifiés.

Le potentiel est pourtant considérable. La rénovation énergétique, la déconstruction sélective, ou encore la montée en puissance des nouvelles exigences environnementales du bâtiment (RE2020, diagnostic PEMD) contribuent à générer de plus en plus de déchets de plâtre. Mais sans filière organisée, ces volumes représentent autant de ressources perdues.

Un enjeu environnemental et industriel

Derrière cette opération, Valobat entend répondre à une double urgence. En premier lieu, il s’agit d’éviter l’enfouissement de tonnes de déchets parfaitement valorisables, alors que la France s’est engagée à réduire drastiquement cette pratique d’ici 2030. Mais il y a aussi un enjeu économique fort : le gypse naturel étant une ressource non renouvelable, son recyclage permet de préserver les gisements tout en réduisant l’impact carbone de l’industrie de la construction.

Pour les opérateurs industriels, c’est aussi une opportunité. En s’intégrant dans cette chaîne de valeur naissante, ils peuvent capter un flux régulier de matière secondaire, s’assurer une conformité réglementaire renforcée, et renforcer leur image de marque dans un secteur de plus en plus attentif à la durabilité.

Le compte à rebours est lancé

Les acteurs intéressés ont jusqu’au 19 septembre pour déposer leur candidature. L’appel d’offres vise à couvrir l’ensemble du territoire, avec une attention particulière portée aux zones où les points de collecte sont déjà actifs. Les premiers contrats devraient être attribués d’ici la fin de l’année, avec un déploiement progressif dès 2026.

Avec cet appel d’offres, Valobat veut enclencher une dynamique de transformation rapide, capable de faire du recyclage du plâtre une filière à part entière. Reste à voir si les acteurs industriels répondront présents… et si les promesses de circularité pourront, cette fois, se concrétiser à grande échelle

La rédaction

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