Les producteurs de noisette sont sous la pression des objectifs de production et la menace constante des insectes nuisibles. Les agriculteurs ont recours à des pesticides controversés afin d’y faire face. Tour d’horizon du débat qui oppose écologistes et producteurs.
Le marché des noisettes, largement dominé par Ferrero, connaît une croissance sans précédent. Comme beaucoup d’autres filières agricoles, la production a recours à plusieurs pesticides réputés dangereux pour la biodiversité. En à peine 15 ans, la production française de noisette a doublé grâce à de vastes monocultures.
Ce focus de production a eu pour conséquence d’attirer les insectes nuisibles et d’augmenter l’utilisation de produits chimiques. La plus grande coopérative de France, Unicoque, entend répondre aux besoins démentiels des grands industriels. En 2010, les grands vergers français occupaient 4000 hectares. Aujourd’hui ils pèsent pour près de 8000 hectares selon un recensement de l’ONU.
La firme transnationale italienne a noué de nouveaux partenariats avec des producteurs européens, dont Unicoque. A elle seule, Ferrero emmagasine 30% de la demande mondiale de noisettes. “Nous voulons que 50% à 60% des noisettes que nous transformons en France soient françaises” explique la multinationale au journal Sud-Ouest.
Le président de la coopérative Unicoque annonçait alors que les producteurs devraient planter beaucoup plus d’arbres. Pour répondre à cette immense demande, il faudrait près de 1000 hectares de noisetiers en plus par an. Ferrero garde confiance, l’entreprise rappelle que ce contrat lucratif dure depuis plus de dix ans.
Cependant l’extension de la production a largement favorisé la prolifération de la punaise diabolique et du balanin. Ces insectes se nourrissent de noisettes et leur présence en altère le goût. En 2024, certains agriculteurs ont perdu 50% de leur récolte à cause des insectes. Alors pour répondre aux exigences de Ferrero, la coopérative réintroduit des pesticides qui suscitent l’inquiétude.
Plusieurs agriculteurs demandent l’autorisation de réutiliser un insecticide puissant pour lutter contre les punaises qui menacent leurs cultures. Ce pesticide, classé parmi les néonicotinoïdes, est interdit en France depuis 2020. Il demeure cependant légal en Union Européenne pour une durée de dix ans.
C’est une véritable bataille juridique qui s’engage entre les producteurs et les associations écologistes. Deux sénateurs ont soutenu la réintroduction l’an dernier. Le Sénat avait déjà validé le projet des mégabassines. Ces bras de fer juridiques tendent à remettre en question les travaux des autorités environnementales et sanitaires.
De nombreux autres pays utilisent encore ce pesticide. Pourtant, son interdiction n’avait pas nui à la productivité des agriculteurs, ce qu’un rapport du gouvernement avait appuyé. L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) alerte sur la toxicité cérébrale très élevée de l’acétamipride. Les chercheurs s’inquiètent également de la durée de vie de ce poison. Après contamination, il resterait environ 800 jours dans les sols et des traces pourraient se retrouver dans l’eau.
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