Economie

Martinique : baisser les frais d’approvisionnement pour lutter contre la vie chère

Alors que la censure du gouvernement Barnier a remis en cause l’accord pour faire baisser les prix sur l’île antillaise, les distributeurs locaux se sont engagés à mettre en œuvre certaines mesures sans attendre l’aval du législateur. Un effort bienvenu mais insuffisant tant que ne sera pas résolue la délicate question des frais d’approvisionnement, qui expliquent dans une large part les surcoûts subis par les territoires ultra-marins.

Moins médiatique que d’autres répliques du séisme politique au plus haut sommet de l’Etat, c’est pourtant l’une des conséquences directes de la censure du gouvernement de Michel Barnier : faute d’adoption par les députés d’un budget pour l’année 2025, les mesures destinées à lutter contre la vie chère en Martinique sont reportées sine die. A la mi-octobre en effet, un protocole d’accord avait été conclu entre l’État, la collectivité territoriale de Martinique (CTM) et les acteurs locaux de la grande distribution. L’espoir d’un fragile répit sur une île traumatisée par des semaines de tensions, manifestations et violences qui ont, depuis le mois de septembre, émaillé le mouvement contre la vie chère.

La grande distribution s’engage malgré la censure

Concrètement, le « protocole d’objectifs et de moyens » contre la vie chère devait permettre, à partir du 1er janvier 2025, une baisse moyenne de 20 % des prix de 69 familles de denrées alimentaires, soit 6 000 produits environ. D’ores et déjà rejeté par le RPPRAC (Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens), l’association ayant porté le mouvement de contestation du coût de la vie en Martinique, le document pourrait donc rester lettre morte. L’absence de vote du budget par l’Assemblée nationale empêche, en effet, de modifier les taux de TVA sur les produits concernés. Cet entre-deux institutionnel signifie-t-il, pour autant, un retour à la case départ pour les consommateurs martiniquais ?

Pas vraiment. En dépit de la censure du précédent gouvernement, les acteurs locaux de la grande distribution se sont engagés à appliquer une partie des mesures contenues dans l’accord rendu caduc par la chute de l’équipe Barnier. En collaboration avec la CTM, la chaîne de magasins Carrefour Martinique a ainsi annoncé son intention de supprimer l’octroi de mer – une taxe sur les produits importés reversée aux collectivités ultra-marines – et de baisser ses marges. Des efforts qui devraient, toujours selon l’enseigne, entraîner une réduction des prix de l’ordre de 8 % à 9 % sur une cinquantaine de famille de produits de grande consommation. Soit une baisse deux fois moindre que celle anticipée, sur une gamme de produits elle-même plus réduite.

Les frais d’approvisionnement, seule variable d’ajustement ?

Bienvenu pour désamorcer la crise, le geste des distributeurs martiniquais s’apparentera pourtant à un pansement sur une jambe de bois tant que ne seront pas résolus les problèmes, structurels, qui alimentent la cherté de la vie en Martinique et dans les Outre-Mer. Problèmes au premier rang desquels les frais d’approche, ou d’approvisionnement : sur des territoires souvent insulaires, donc isolés et hyper-dépendants aux importations, les frais liés au transport et à la logistique des denrées importées peuvent faire exploser les tarifs de ces dernières. Et expliquent en grande partie pourquoi l’écart de prix avec la métropole, d’une moyenne de +14 %, atteint +40 % sur les produits alimentaires. La raison à cela tient en une expression : la politique du prix unique.

Un conteneur pour la Martinique est en effet facturé par les transporteurs maritimes entre 4 000 et 5 000 euros, et ce qu’il transporte des téléviseurs dernier cri ou des packs de lait premier prix. Conséquence logique, « plus la valeur de la marchandise transportée dans le conteneur est faible, plus le surcoût est important » et se répercute sur le prix final payé par le consommateur, explique auprès de Public Sénat Kévin Parfait, directeur général adjoint du groupe de distribution du même nom. Raison pour laquelle certains appellent à la généralisation d’une politique de continuité territoriale, consistant, comme en Corse, à effacer ou compenser tout ou partie des surcoûts liés à l’éloignement. Un choix éminemment politique, puisqu’il repose sur la mutualisation des surcoûts appliqués aux Outre-Mer – et donc sur la solidarité nationale.

Un effort du côté des transporteurs ?

Une autre solution pourrait venir du côté des transporteurs eux-mêmes. Des efforts sont possibles, comme en témoigne depuis 2021 la reconduction, par CMA-CGM, de son « aide pour le pouvoir d’achat » (APA), d’un montant de 750 euros par conteneur de 40 pieds. Une initiative à améliorer et à généraliser ?

La Rédaction

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