Il y a quelques jours, au motif de protèger la santé, notamment des jeunes, la ministre de la Santé annonçait vouloir interdire les sachets de nicotine ou « pouches ». Pourtant, cette décision, au risque d’apparaître comme une énième démonstration d’autoritarisme sanitaire, pourrait s’avérer en plus contre-productive pour la santé. En effet, les décisions d’interdiction s’accompagnement souvent de la montée d’un marché clandestin avec des produits échappant au contrôle de la puissance publique, comme cela est le cas pour la Belgique qui a récemment interdit les sachets de nicotine.
En Belgique, l’interdiction de ces sachets par le gouvernement a entrainé une explosion des ventes clandestines, à la sauvette dans la rue ou sur internet, avec des produits non contrôlés, souvent très concentrés en nicotine. L’autorité de santé fédérale avait pourtant dans ses avis laissé une place à des produits limités en nicotine, jugés comme sans risques d’effets secondaires problématiques. En annonçant son intention d’interdire les pouches dans l’Hexagone, la ministre de la Santé, Geneviève Darrieussecq, risque de priver les autorités de tous moyens de réglementer et de suivre ces produits et de laisser proliférer des produits impropres à la consommation. L’exemple belge montre que les autorités locales y ont perdu le contrôle du dosage et de la qualité du produit sans enrayer sa popularité et sa consommation. Plutôt que de laisser ce produit aux mains de trafiquants en tout genre, dont la première cible est la jeunesse en quête d’expérimentation de produits prohibés, les pouvoirs publics pourraient le réguler pour contrôler son usage.
Première source d’inquiétudes pour la ministre, les cas d’intoxications rapportés par les agences de toxicovigilance et la trop grande attractivité pour les jeunes. La solution pourrait être de restreindre les arômes comme cela avait déjà été annoncé par son prédécesseur et de fixer des seuils de nicotine évitant les risques d’effets secondaires, pour que seuls soient sur le marché des produits appropriés à la consommation et moins mauvais que la cigarette. En parallèle, une commercialisation exclusive via des réseaux spécialisés, déjà habitués à délivrer des produits particuliers, couplée à l’interdiction de la vente en ligne, permettraient d’éviter l’accès des produits aux mineurs.
En France, la cigarette électronique est consommée par beaucoup de fumeurs et fait ses preuves pour réduire le tabagisme. Mais le produit ne convient pas à tout le monde. Les sachets de nicotine peuvent faire partie de la palette des moyens pour réduire ou cesser la consommation de tabac. Pour les fumeurs qui cherchent à arrêter la cigarette, ce produit peut être un soutien utile, d’autant que leur formulation sans tabac limite l’exposition aux composants cancérigènes de la fumée de cigarette, comme semble le penser l’agence nationale d’évaluations des risques allemandes. Outre-Rhin, comme dans beaucoup de pays, les sachets de nicotine ne sont d’ailleurs pas interdits à la vente. En interdisant les pouches, l’État français se tirerait donc possiblement une balle dans le pied, en retirant une solution de substitution pour une partie des fumeurs.
Mais alors que faire ? Des élus et experts préconisent de « muscler » la réglementation plutôt que d’imposer une énième interdiction aux airs de coups d’épée dans l’eau. Selon eux, réglementer les produits de manière adéquate, en fixant des normes de sécurité et des restrictions d’accès selon l’âge, offrirait une réponse plus équilibrée entre protection de la jeunesse et accompagnement des fumeurs. Aux Etats-Unis, où les sachets de nicotine ont été adoptés adopté par les fumeurs, les études menées par la FDA révèlent que la pénétration du produit auprès des jeunes est quasi inexistante.
En somme, cette annonce d’interdiction par la ministre de la Santé serait une fausse bonne idée…Comme dans bien des domaines, le sujet pose en tout cas la question complexe et épineuse du rôle et de la responsabilité des pouvoirs publics en matière de consommation, et de ce que peut-être une vraie bonne mesure de santé publique. À y regarder de près, l’interdiction, de bon sens et facile à dégainer, n’est peut-être pas forcément la solution.
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