Géopolitique

Iran : la vengeance est un plat qui se mange froid !

 

Après le raid américain qui a tué le général Qassem Soleimani, numéro 2 du régime iranien, Téhéran a répliqué en frappant deux bases militaires américaines en Irak, dans la nuit du 7 au 8 janvier. Alors que la riposte relève déjà d’un toupet, l’Ayatollah Khamenei a indiqué que c’était une simple gifle et que la véritable vengeance viendra. Et l’Iran semble vouloir prendre son temps.

Une réponse immédiate mesurée pour ne pas énerver le géant américain

L’Iran n’est pas pays à se laisser marcher dessus par les puissants de ce monde. C’est en tout cas ce qu’on retient de cette semaine, marquée par deux actions clés au Moyen-Orient. D’abord le raid américain, le vendredi 3 janvier, qui a tué le général Qassem Soleimani, figure majeure du régime et personnalité très populaire en Iran. Puis la réplique de l’Iran dans la nuit du 7 au 8 janvier. Téhéran a lancé une vingtaine de missiles sur des bases américaines en Irak : celle d’Aïn al-Assad, la seule base visitée par Donald Trump en décembre 2018 (Il l’avait qualifiée par la suite de base stratégique permettant de surveiller la région à 360 degrés, et tout particulièrement l’Iran) et celle d’Erbil où s’était rendu le vice-président Mike Pence en novembre 2019.

Cette réponse s’imposait au régime iranien pour laver l’affront américain vis-à-vis des Etats Unis. Téhéran a même prétendu avoir tué 80 soldats américains dans ces deux raids. Ce qui est évident faux, puisque les Américains n’en seraient pas restés là avec un tel carnage. En vérité, la riposte iranienne était proportionnée. Elle se voulait assez spectaculaire pour contenter son peuple et peu dévastatrice pour ne pas énerver les Etats Unis (tout le monde connait le caractère imprévisible de Trump, y compris l’Iran). Selon Washington, Téhéran a programmé les missiles de telle sorte qu’ils ne fassent pas de victimes humaines.

Treize scénarios de vengeance envisagés

Pour le président américain, son tweet qui minimise les tirs de missile iraniens, indique qu’il n’a d’ailleurs pas l’intention d’engager une guerre à grande échelle pour une réplique limitée.

Mais, alors que l’on croyait que l’Iran en resterait là, le guide suprême a affirmé qu’il s’agissait d’une gifle, mais que la « vengeance implacable viendra plus tard ». Or, Khamenei n’est pas du genre à parler à la légère. Le Conseil national de sécurité iranien s’est réuni également réuni et a identifié treize scénarios différents pour venger sa mort et, clairement, les tirs de missiles ne constituent pas le scénario le plus important.

Les Américains doivent-ils donc craindre ? Selon Rigoulet-Roze, enseignant et chercheur rattaché à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas), dans une interview à France 24, il faut s’attendre à d’autres actions de Téhéran. Les Iraniens réagissent toujours à froid et ont l’habitude de prendre leur temps en pesant la situation. Mais ils ne devraient pas se lancer dans un conflit ouvert avec les Etats Unis. Ce serait suicidaire de la part du régime. Washington pourrait le renverser par une offensive militaire, même si les dégâts seraient énormes dans la région.

Des actions « terroristes » ?

L’Iran pourrait donc opter pour une guerre non conventionnelle. Quand tout le monde aura détourné son attention de l’Iran, avec le temps, et quand la vigilance aura baisse, Téhéran pourrait frapper très fort. En passant notamment par des « proxies », c’est-à-dire des groupes armés affiliés à l’Iran dans la région. Il s’agit par exemple des rebelles houthis du Yémen ou du Hezbollah au Liban (qui viserait lui Israël, allié des Etats Unis). Ces « proxies » pourraient viser de préférence des ambassades américaines. Les autorités iraniennes pourraient ensuite user de la stratégie du « deniability », c’est-à-dire du déni plausible, qui permet de s’exonérer des responsabilités éventuelles.

La revanche pourrait aussi prendre des airs de bavure ou d’erreur. Comme ce Boeing 737 ukrainien qui a craché au-dessus de l’Iran le mercredi 8 janvier et a fait 176 morts. Après avoir nié être à l’origine de la catastrophe, Téhéran a finalement reconnu une erreur…

La rédaction

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