Economie

Gig economy : économie freelance ou salariat déguisé ?

Résultat conjoint de la crise du marché de l’emploi et du développement du numérique, le nombre de travailleurs exerçant une activité hors salariat est en croissance continue. Le travail freelance répondant à une demande ponctuelle de clients se trouve désormais décrit sous le nom de « gig economy ». Entre salariat déguisé ou libération du lien de subordination, ce nouveau visage du monde du travail interroge.

Gig economy : le boom des freelances

La « gig économy » c’est l’économie des « gigs », terme anglais donné à un concert payé à la tâche. Le concept décrit ce nouveau paysage économique d’activités qui, du simple freelancing individuel aux plateformes numériques de type Uber, met en relation des services et des clients à la demande.

Le phénomène, notamment né du développement d’outils numériques permettant de nouveaux modes de travail et de consommation mais aussi d’une crise globale du marché de l’emploi, est aujourd’hui loin d’être d’anecdotique : d’après une étude du McKinsey Global Institute près de 162 millions de travailleurs aux Etats-Unis et en Europe (entre 20 et 30% de la population active) sont aujourd’hui des acteurs de la gig economy (freelances, indépendants…).

 

Une économie des plateformes ?

Au cœur de cette gig economy, les plateformes numériques. Si Uber et son service de mise en relation entre chauffeurs et clients en est le symbole, l’économie des plateformes ne s’arrête pas au secteur VTC. Il y a bien sûr le secteur des livraisons (Deliveroo) et des services à domicile (Task Rabbit). Mais il y a aussi tout un secteur de l’économie de la connaissance comme celui de la traduction (Gengo) ou du marketing, du graphisme, de la communication… dont les offres et services sont mis en relation via des plateformes généralistes (Upwork ou Freelancer).

Le « client » de la gig economy peut donc être un particulier mis en relation via une plateforme d’offre de services mais aussi une entreprise recrutant ponctuellement un freelance via une plateforme de mise en relation ou par ses propres moyens.

Economie « free » ou lien de subordination ?

La gig economy est-elle une économie de l’offre (du côté des freelances), des clients (du côté de la demande) ou des plateformes numériques ? Si les freelances semblent pour la plupart revendiquer leur mode de vie professionnel et la liberté qu’ils y trouvent, certains analystes s’inquiètent de la protection dont ils disposent. La situation de dépendance économique de certains, qui ne peuvent s’appuyer sur les commandes que d’une seule entreprise, les place de fait en situation de subordination sans bénéficier de la protection du salariat.

Les concepts de « salariat déguisé » ou de « faux indépendant » viennent ainsi interroger la nature de la relation entre entreprise cliente et freelances prestataires et les limites de la liberté de ces derniers. Une situation que certains analystes appellent à éclaircir rapidement avec, pour échapper à la dichotomie salariat/indépendance, la création d’un troisième statut.

La rédaction

Recent Posts

Les Dialogues de l’Économie Citoyenne : la souveraineté européenne à l’épreuve de ses dépendances

À l’occasion des Dialogues de l’Économie Citoyenne organisés le 28 septembre par La Banque Postale,…

7 jours ago

Drogues de synthèse : une pollution chimique encore largement sous-estimée

La fabrication clandestine de MDMA, d’amphétamines ou de méthamphétamine ne constitue pas seulement un problème…

1 semaine ago

Les GAFAM : comprendre le poids des géants du numérique

Moteurs de recherche, smartphones, réseaux sociaux, commerce en ligne, logiciels, cloud ou intelligence artificielle :…

3 semaines ago

Finance verte : quand l’investissement devient un levier de la transition écologique

Face au changement climatique et aux besoins considérables de financement de la transition énergétique, le…

4 semaines ago

Tabac : Marine Le Pen veut « stopper l’escalade fiscale » et renforcer la lutte contre les trafics

À la veille d’une mobilisation nationale des buralistes, Marine Le Pen propose de geler les…

4 semaines ago

À Mayotte, l’alimentation continue de peser lourdement sur les prix

Près de deux ans après le passage du cyclone Chido, la hausse des prix reste…

1 mois ago