Le Maréchal Khalifa Haftar est-il le dernier rempart contre le terrorisme en Libye ?

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Acteur central de la politique libyenne et figure controversée sur la scène internationale, le Maréchal Khalifa Haftar apparaît à certains comme l’un des maillons stratégiques de la reconstruction politique et de l’unité nationale de la Libye.

Dans un article publié le 4 mai 2021, le journal Le Monde remet en question le soutien de la France à l’égard du Maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort du pays, considéré par l’Hexagone comme le seul à être capable de stabiliser et de sécuriser un pays en proie au chaos. A la suite de la mort de Mouammar Kadhafi, dirigeant de la Libye de 1969 à 2011, de très nombreux groupes armés venus de l’étranger ont profité du désordre politique pour s’installer dans un pays fragmenté. Critiqué par ses rivaux pour avoir voulu fomenter de supposés « coups d’État », le Maréchal Haftar ne cesse de mettre en avant la souveraineté de son pays contre les ingérences étrangères et les attentats terroristes.

Une population épuisée par l’insécurité et le terrorisme

Originaire de la tribu des Ferjany, dont le fief est la ville de Syrte, ville natale de Kadhafi, Khalifa Haftar, 77 ans, fut proche de l’ancien autocrate dans les années 70 avant de prendre ses distances et de rompre avec celui qu’il juge trop autoritaire, préférant rejoindre l’opposition. Personnalité militaire et politique incontournable du pays, Khalifa Haftar rejoint en 2011 le soulèvement populaire contre Kadhafi et crée l’Armée nationale libyenne (ANL), qui compte aujourd’hui 70 000 hommes. Son objectif ? « Purger la région des groupes terroristes et criminels » qui mettent le pays à feu et à sang, explique son porte-parole.

Une lutte contre le terrorisme qui s’impose, notamment dans le sud du pays : « La lutte contre l’insécurité est populaire auprès d’une population fatiguée », explique Jérôme Tubiana, co-auteur d’un rapport sur la criminalité transfrontalière dans le Sud libyen pour l’institut Small Arm Survey. Sur la scène internationale, « il est (…) devenu un acteur acceptable », explique la spécialiste de la région Virginie Collombie, au point d’être invité à la table des négociations car considéré comme un rouage essentiel dans la résolution de la guerre civile, notamment par la France, qui a vu également en lui un allié dans le déploiement de l’opération Barkhane dans le Sahel.

Khalifa Haftar veut contrer l’ingérence turque

Début 2020, le vent a un peu tourné pour Khalifa Haftar. La Turquie a annoncé son soutien officiel au Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj et aux troupes du gouvernement d’union (GNA), renversant le rapport de force et mettant en difficulté cet acteur central de la politique, qui détient encore 70% du territoire (l’Est et une partie du sud du pays). « Indéniablement, la majorité des succès enregistrés sur le terrain par le GNA a été facilitée par l’appui militaire et technologique turc », explique à France 24 Rachid Khechana, ancien directeur du Centre maghrébin d’études sur la Libye.

Une ingérence turque, et en arrière-fond une influence des Frères musulmans, jugées intolérables par le Maréchal Haftar, qui milite pour la souveraineté absolue de son pays. « Des transporteurs aériens déversent des terroristes par milliers de la Syrie vers Istanbul, puis vers Tripoli ; le président turc menace directement de frapper l’ANL. (…) Il revient à la communauté internationale de prendre position fermement contre le président turc, qui bafoue le droit international. Nous exercerons notre droit légitime à défendre notre territoire » explique-t-il en février 2020 dans une interview à Paris Match. « N’importe quel pays qui envisage d’occuper notre terre, sous n’importe quel prétexte, est un ennemi que nous combattrons avec toute notre énergie. Depuis le début de la crise, il est évident que la Turquie ne veut pas que la Libye se stabilise. Nous ne l’avons jamais provoquée, c’est elle qui envoie des armes et des terroristes. Notre devoir est de défendre notre nation. »

Acteur central de la politique libyenne

Malgré l’ingérence turque, Khalifa Haftar demeure à la tête d’une force militaire importante, ainsi que de nombreux terminaux pétroliers. Il y a trois ans, il parvient à sécuriser le croissant pétrolier libyen et est nommé maréchal. « Le pétrole appartient au peuple, pas aux mafias ni aux voleurs » affirme-t-il quand on lui demande pourquoi ses troupes ont contrôlé un temps les terminaux.

D’après Jalel Herchaoui, chercheur à l’Initiative globale contre la criminalité transnationale organisée, l’actuel Premier ministre libyen Abdel Hamid Dbeibah compte beaucoup sur cette personnalité politique incontournable : « Laisser le siège du ministre de la Défense vacant, explique-t-il, est une façon attentionnée de ne pas perturber la structure de Haftar ». Toujours selon le chercheur, une partie du futur budget serait consacré à l’Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par Khalifa Haftar. Son absence sur la scène politique « créerait un vide sécuritaire qui n’arrangerait personne ».

 

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