Présidentielle en Côte d’Ivoire : Guillaume Soro, des armes aux bulletins de vote

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Cultivant à dessein une ressemblance de façade avec le parcours du président français, Guillaume Soro devra tout d’abord faire oublier son passé de « seigneur de guerre » s’il entend convaincre les électeurs ivoiriens.

En Marche… vers la présidentielle ivoirienne : Guillaume Soro, ancien premier ministre de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara et par ailleurs ex-président, jusqu’à sa démission le 9 février dernier, de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, a dévoilé en octobre son intention de se présenter à l’élection à la magistrature suprême, qui se tiendra à l’automne prochain. Un secret de polichinelle, l’ex-rebelle n’ayant jamais fait mystère de ses ambitions présidentielles et cultivant, à 47 ans, l’image d’un « Macron » à l’ivoirienne, allant comme l’ancien « marcheur » jusqu’à se passer de parti politique pour lui préférer un « mouvement » au nom aussi vague que rassembleur : Générations et peuples solidaires (GPS).

Soro, est, il est vrai, proche des réseaux de la Macronie ; mais pas nécessairement des personnalités les plus respectables du premier cercle du chef de l’Etat français. D’après Jeune Afrique, le candidat se serait ainsi acoquiné avec un certain Alexandre Benalla, qu’il aurait rencontré pour la première fois lors d’une convention de La République en marche (LERM), en juillet 2017 – l’ancien homme de main d’Emmanuel Macron s’est, depuis sa déchéance, reconverti dans la sécurité privée et cultive ses réseaux en Afrique. Soro s’est également rapproché de François de Rugy lorsque celui-ci occupait, comme lui, le perchoir de l’Assemblée, avant de connaître la disgrâce dans les circonstances que l’on sait. Bref, si Soro baigne en effet dans la Macronie, c’est davantage aux côtés de ses canards boiteux que de ses cygnes.

Guillaume Soro : un passé violent

Faut-il s’en étonner ? Comme Alexandre Benalla, bien qu’à un tout autre niveau, Guillaume Soro traîne derrière lui un passé émaillé de violences. Artisan de la sanglante rébellion de 2002 et ancien « seigneur de guerre » des Forces nouvelles occupant pendant dix ans le nord de la Côte d’Ivoire, une coalition de rebelles transformée depuis en armée régulière – ce qui ne les a pas empêché de se mutiner en janvier 2017 –, Soro figure, depuis 2005, sur une liste de personnalités accusées par l’ONU de graves violations des Droits de l’Homme. Selon les Nations Unies, Guillaume Soro aurait ainsi profité de la crise post-électorale de 2011 pour acquérir, en violation de l’embargo, plusieurs centaines de tonnes d’armes.

L’ancien rebelle est également inquiété par la justice française, qui instruit une plainte de Michel Gbagbo, le fils de l’ex-président ivoirien, pour « enlèvement, séquestration, traitements inhumains et dégradants ». Enfin, il reste soupçonné d’avoir activement participé au putsch manqué du 6 septembre 2015 au Burkina Faso. Un passé embarrassant, tissé de trahisons – il a d’abord servi Gbagbo avant de participer à sa chute – et de violences dont les cicatrices sont encore ouvertes en Côte d’Ivoire. Un passé que Soro a tenté, en septembre, de mettre derrière lui, en prônant un « pardon sincère » auquel il n’est pas certain que les Ivoiriens veuillent bien croire.

« C’est aux armes que Soro doit sa place »

Cultiver une image d’homme apaisé et d’ouvrier de la réconciliation risque en effet de ne pas suffire à convaincre les électeurs de Côte d’Ivoire, qui n’ont sans doute pas oublié, comme le rappelle Laurent Gbagbo dans son livre Libre, que « c’est aux armes que Guillaume Soro doit sa place ». Des armes qui avaient en 2017, lorsqu’il occupait le perchoir, été retrouvées en masse chez son propre chef du protocole : « je ne vois pas en quoi cela me concerne », avait alors balayé l’intéressé, que ses compatriotes surnomment le « Che » ou « Bogota ». Pas vraiment de quoi rassurer, dans un pays qui a sans doute plus que jamais besoin de calme et stabilité pour poursuivre sa marche vers le développement et la réconciliation.

 

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